Paradis perdu

– Ce soir, je vais te conter l’histoire du paradis, Antonin. Celle du paradis perdu.
– Ah nooon, pas encore le truc d’Adam et Eve. Le prof il nous a tout dit la semaine dernière.
– Non Antonin. Pas celle-ci. La vraie. Je vais te raconter la vraie histoire du paradis, ce qu’il s’est réellement passé. Pas ce mensonge idiot.
– Ah ?
– Tout a commencé par la création.
– Bah oui je sais, la Genese.
– Non. La création des poils. Ce sont les poils qui ont été créés en premier. D’ailleurs comme beaucoup de choses, nous le savons tous, c’est inscrit en nous, mais nous n’écoutons malheureusement pas notre vraie nature. C’est peut-être la seule chose sensée que ce dégénéré de Platon ait dit d’ailleurs. Et oui, Antonin, c’est inscrit en nous, et c’est pour ça que nous autres les hommes nous peignons notre moustache et que les femmes aiment les hommes à barbe.
Une fois le poil créé, Dieu a cherché à en faire quelque chose. Il avait une masse informe et inutile, bien que chaleureuse. Et il décida de lui donner vie, pour la voir se mouvoir, et s’en émouvoir du haut de son ciel.
– Et ça c’est l’homme. C’est Adam.
– Non, ce fut une alouette. Il créa en premier l’alouette. Pour qu’elle vienne lui rendre visite.
– N’importe quoi.
– Mais si. Et ça aussi nous le savons tous. C’est pour ça que James Dean est un des acteurs qui a eu le plus de succès et qui a le plus fait vibrer l’humanité. C’est parce qu’il a joué dans « Alouette d’Eden ».
Mais malheureusement, un jour, alors que Dieu avait continué à créer l’eau, la lumière, les hommes, les fruits, et même le football (sauf que c’était avec des pommes et des pamplemousses qu’on jouait, d’où la confusion mensongère sur le fruit défendu plus tard), l’alouette s’ennuya, et prétexta un différent avec Dieu pour engager une confrontation. Il y eut des mots trop hauts, des coups échangés. L’alouette finit avec un cocard. Et ne voyant plus, et qu’il faisait noir pour elle, avec ses yeux endoloris, elle se perdit, et ne retrouva plus le chemin du paradis. Voilà.
– Voilà quoi ?
– Bah voilà comment on l’a perdu.
– Ah bon ?
– oui. Donc maintenant tu oublies ce qu’on t’enseigne à l’école, la biologie et les didascalies. Et tu vas ranger ta chambre.
– En deux battements d’ailes, papa, j’y vole.

Ce contenu a été publié dans Atelier au Long cours. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.