Le roi du Flamenco

C’était le roi du Flamenco. Ses doigts dansaient agilement sur les cordes et tapaient violemment la caisse. Parfois, ils glissaient langoureusement le long d’une corde, juste le temps d’un accord. Ses doigts se sont engourdis avec les ans et les articulations se bloquent. Il a remisé la guitare au fond du hangar.
Aujourd’hui, il s’est réveillé avec une envie d’aller la rechercher, de la prendre dans ses bras et de la caresser de nouveau. Il avance lentement le cœur battant à travers les objets hétéroclites accumulés au cours des ans. Il la voit, posée sur une table dans son coffret ouvert. Un rayon de soleil qui traverse la pièce éclaire une fine couche de poussière. Comment a-t-il pu la laisser ainsi, la délaisser ? Elle qui l’a accompagné jouer dans les plus petits villages d’Andalousie et les plus grandes villes du monde. Quel ingrat !
Il avance doucement faisant attention à l’endroit où il pose ses pieds, sans la quitter des yeux. Soudain, il la voit bouger. Un léger balancement, comme si elle reprenait vie et sentait sa présence, comme si elle attendait elle aussi ce moment là. Son cœur bât encore plus vite mais ses pas ralentissent, une goutte de sueur perle à son front. La musique commence à rejaillir dans sa tête. D’abord quelques notes, puis une phrase entière. Il croît rêver : la guitare a émis un son qui répond à sa musique intérieure. Hallucination ? Folie ? Il reprend son avancée. Les notes se précisent dans sa tête. Ses doigts s’agitent et effleurent des cordes imaginaires. La guitare lui répond, désaccordée certes mais en accord avec la musique qu’il entend. Il ne cherche plus à comprendre. Maintenant, il avance sans hésitation, tend son bras, saisit le manche… Et se fait mordre par un serpent qui en a pris possession !

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