Normandie

Il s’agissait pour cette dame de se reposer des tracas de la vie, elle qui se promenait dans la sienne avec un grand sac d’expériences, lourd et impossible à poser, même dans ce magnifique hôtel au bord de la plage immense.

Elle était accueillie chaque quinzaine par son voiturier, toujours le même, fidèle dans son uniforme jaune et noir. A chaque fois, le voyant s’affairer, elle ne pouvait s’empêcher de penser à lui comme à un gros bourdon apprivoisé.

Une fois à l’abri de cette vaste et vieille demeure dorée, elle se sentait à l’abri des vacanciers bruyants, et des vendeurs de frites qui ne manquaient pas de passer sur sa plage aux jours d’été.
Elle se levait tôt, partait contempler les vagues du matin, puis s’enfermait dans sa chambre après le déjeuner du midi. Cette routine impeccable lui laissait un goût de bien-être et de repos.

Un dimanche de début d’automne, elle était descendue plus tard qu’à son habitude, et rencontra le vitrier qui réparait les dégâts occasionnés par le ballon d’un enfant mal surveillé. L’espace d’un instant, leurs regards se croisèrent. Alors, en un fragment du temps, son âme se sentit vengée de toutes ses années de pesantes routines, de bienséance assumée, de carcan mental. Elle allait enfin pouvoir batifoler dans son verger intérieur.

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