Bagarre place de la Madeleine

– Mais j’en ai marre des gens comme ça !!!

Il a la bave aux lèvres. J’ai commencé à m’approcher de lui, mais j’ai vu que 3 hommes étaient déjà à ses côtés. Un motard à casque s’occupait de l’autre, le retenait, comme pour éviter qu’il ne s’enfuie.

Cette scène me remue. C’est vrai qu’il y en a marre . Les gens t’agressent, te marchent dessus, et pensent que tu ne vas rien dire. Et ils ont raison. On a peur.
Moi j’ai peur. De me prendre des coups. Ou d’en donner des trop forts. Me retrouver abimé et regretter de ne pas m’être contenu. Ou me retrouver coupable et m’en vouloir de ne pas m’être contenu.
Tiens, il est roux. Tiens, ce n’est pas une femme qu’il avait mise au sol, c’était un ptit gars de 14 ans, des beaux quartiers, bien coiffé, avec des clarks noires aux pieds. Je m’arrête, stupéfait, voyeur et envieux. Quoiqu’il a l’ai à bout ce cadre un peu grassouillet. Les lunettes de soleil mises dans le pli de sa chemise légèrement ouverte crient la vie de frustration : « allez vite, un rayon de soleil, enfin du plaisir !… ».
Dîtes-moi que ce n’est pas moi, que ce n’est pas ma vie.

Il a tort ce petit jeune Quel salop ! Il a essayé de lui voler son portable c’est ça ? Ah non, c’est l’autre qui l’a jeté par terre. Comme dans Shakepseare. Ou Victor Hugo plutôt. Non Shakespeare en fait, puisqu’il est roux. Ce n’est pas moi. Quoique… Moi, avec une peu de claustrophobie, je sens monter quelque chose dans le métro. Dans les escaliers. Dans les couloirs. Je laisse traîner ma sacoche des fois contre les genoux des autres. Je m’en veux systématiquement : « quel connard ! ». Mais je ne me contrôle pas.
Laissez-moi m’enfuir. Ne le tape pas. Pars de ta vie. Mais dis-lui stop.
Avec sa petite voix frêle, il est redevenu un enfant.

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