Ecrire, c’est…

Foutue ! Complètement foutue. Lui qui avais mis tant de temps à la faire. A la confectionner pourrait-on dire, vu le degré de précision et de concentration qui avait été requis.
Il savait bien que cela arrivait souvent, voire systématiquement selon certains théoriciens pessimistes, mais quand même ! Cela le désolait. Pire, une vague noire montait en lui et commençait à le submerger ; puis à l’envelopper, débordant de son être : « Fait chieeer !!! » cria-t-il. A la face du monde, pour le défier. A sa propre face, pour se secouer. A la face de sa tartine, pour s’en séparer. Enfin, au dos de sa tartine, plus exactement, puisque c’était justement son derrière qu’elle lui montrait, préfèrent embrasser le sol carrelé de la cuisine, à pleine confiture. Il avait pris du temps pour la faire cette tartine, alors qu’il était presséce matin, avant un entretien important. Il avait aussi pris la confiture à l’orange amère de sa grand-mère, qu’il aime tant – toutes les deux – espérant commencer sa journée du bon côté : celui du beurre de la tartine.
Il sentait bien que sa réaction était excessive. Pourquoi cette colère ? Pourquoi surtout cette tristesse, qu’il essayait en vain de masquer par cette rage justicière ? Ce n’était que du pain. Un euro et tu as une baguette. Ce n’était que 3 minutes pour la faire cette tartine. Un article en moins à lire dans le journal, c’est tout ! Alors quoi ? Quoi d’autre lui glissait des mains, pour venir se fracasser à ses pieds ?
7H47 du matin, et déjà un face-à-face avec ses pires angoisses et des doutes. Totu ça à cause d’une tartine. Il faudrait peut-être se remettre aux céréales pour le petit-déjeuner !…

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