Fils de mouton

 
Il tanne. Cela fait des dizaines d’années qu’il tue, tond puis dépèce ces moutons, pour en faire des pulls et des manteaux. Son père faisait de même avant lui. Et le père de son père également. De mémoire de famille, depuis qu’ils sont arrivés en Algérie, ils font du mouton. Il a la clope au bec toute la journée, et sourit un peu plus fort aux dernières heures du jour, lorsque la nuit fraîche enveloppe la plaine et donne vie à tous ses manteaux chauds. Il regarde toujours le ciel, et l’eau qui coule sur la roche, renvoyant un reflet indigo. Le ciel. Le froid. L’eau. Toujours dans cet ordre. Et il se rappelle qu’après ses longues heures de travail manuel, il a l’odeur d’un vieux bouc. L’eau est sa récompense. Le sommeil sa ressource. Ses aïeux l’appellent, il se lève le matin, et recommence.

C’est grâce à lui que je suis debout, devant toi, ma peau de mouton sur les épaules, confortablement au chaud pour te parler. Dabs quelques temps je te la donnerai. Cette peau sera à toi, mais elle est celle de tes ancêtres. Puis tes enfants feront peau neuve, mais tu la leur transmettras à ton tour.

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