Les amants ivres

Il avait trop bu, il le savait. Mais il l’aimait tellement qu’il essayait de noyer son chagrin dans l’alcool. « Tu aimes quand je te sers un verre ? » lui demandait-elle, sa façon à elle de lui dire qu’elle l’aimait. Un couple destructeur qui ne se sentait vivre qu’ivre mort. Dans la nuit noire, il errait encore bar après bar. Il la cherchait, cherchait son ombre, son odeur.
Elle était partie dans le nid de barbares. Ils étaient arrivés avec leur drakkar noir, grands, forts, barbus jusqu’au torse et presque sans dents. Elle s’en foutait, elle voulait partir et continuer à boire jusqu’à devenir liquide pour oublier qu’elle était livide. Il lui avait dit « Fais attention aux tempêtes, aux orages quand il y a du tonnerre ». Rien, elle n’entendait plus rien que le battement de son cœur dans ses tempes et dans ses veines. Le bateau tanguait, pourtant il était amarré. Il ne partira pas ce soir, ni demain. Les barbares vont rester, s’installer dans cette bourgade paumée.
Elle se demandait comment elle pouvait enfin en finir, comment arrêter le mal qui la rongeait. Une arme, une lance sur le ponton ? En fait, il ne lui restait plus qu’à sortir sa balance pour voir si son mal avait disparu. D’un pas lent et mal assuré, elle monta dessus et se mit à hurler de tristesse ou de joie, personne ne le saura jamais. Dans les docks et dans le port, la foule hurlait : « Silence ! C’est pas bientôt fini ce bordel ? »
Lui, surpris par un tel élan de rage, se redressa et tendit l’oreille. Il reconnut sa belle plus vraiment belle. Il avait peur qu’elle se jette à l’eau, dans cette eau glacée qui pourrait la tuer. Il ne voulait pas la perdre, il ne voulait pas se perdre. L’alcool ne les a pas unis comme il avait espéré. L’alcool n’a fait qu’empirer une relation déjà instable. Ils étaient encore et toujours là, rien dans leur vie n’avait avancé, aucun des deux suffisamment forts pour arrêter les chagrins et les malheurs.
Il l’aperçoit sur la planche des condamnés par les pirates. Il la perd de vue, emporté par le chant d’une sirène.

Ce contenu a été publié dans Atelier d'été. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.