Cher François,

Voici quelques nouvelles du « refuge ». La maison n’est pas si petite que cela finalement. Je m’y sens à l’aise, et la cuisine surtout est pratique. J’y prends mon petit déjeuner, car le soleil donne de ce côté-là le matin. Oh ! Tu sais quoi ? La biche dont je te parlais l’autre fois est revenue, tous les matins depuis dimanche ! Elle me fixe de ses yeux noirs, elle a l’air étonné et intense en même temps. A chaque fois, j’ai levé les yeux, et elle était là, vers le fond du terrain. Et à chaque fois, elle a détalé en quelques secondes, comme si soudain elle se souvenait qu’elle devait être ailleurs.
Rassure-toi à la lecture de ces lignes. Je n’essaie pas de te balader avec mon histoire de biche. Figure-toi que j’écris à nouveau et que la pièce avance bien. J’écris tard dans la nuit et en fin de matinée, ce rythme me surprend encore. L’après-midi, je vais nager. Bien sûr, je ne te le cache pas, je pense beaucoup à la Roseraie. Gabriel est venu deux fois depuis que je suis ici. Je sais ce que tu penses, tu le vois comme une sorte de manipulateur. Mais tu te trompes, François. Il aime ce qu’il fait et m’en parle avec passion et il voudrait sincèrement que je me joigne au projet. Pour dire vrai, je sens que l’idée mûrit lentement en moi, lentement et sûrement, je dois bien te le dire. Et, oui, je suis peut-être aussi en train de tomber amoureuse. Mais Gabriel est un ours, et les ours, j’ai déjà donné, tu le sais ! Et puis, je crois qu’il n’aime vraiment que ses roses.
L’autre nuit, j’ai rêvé que je lui racontais la pièce en murmurant à son oreille. Je la voyais, énorme, tout près de mon visage. Lors du passage où les filles découvrent le cadavre de la mariée dans le placard, il a éclaté de rire, basculant la tête en arrière, et je me suis réveillée soudainement. J’ai gardé en tête l’image de son oreille toute la journée. J’avais même du mal à me souvenir son visage. C’était une bien étrange impression.
Bon, je t’en prie, ne t’inquiète pas pour moi. Je me suis donnée jusqu’à la fin de l’hiver pour réfléchir et ce temps est précieux pour écrire. Cet été, c’est promis, nous irons nous baigner à Deauville, et nous nous amuserons encore à faire des empreintes de pieds éphémères sur les planches. En parlant de ça, tu pourras dire à Pascal que j’ai bien fait la radio de mon pied gauche et que mon talon est parfait, pas d’épine ou de tendinite calcifiée. La douleur reste donc un mystère pour l’instant !
Je t’embrasse fort, mon Franz ! J’attends avec impatience de te lire demain ou après-demain.
Ton amie pour toujours, ta comtesse aux pieds mouillés,
Jeanne

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