Ton sourire avec moi.

J’aurais voulu avoir ton sourire avec moi, mais tu l’as emporté il y a bien longtemps, avec toi.
Il a disparu dans tes pas: porte, jardin, portail, trottoir, route, rond point.
Il a disparu très vite, emporté par le vent des mauvais jours.

A l’époque, je t’ai regardé partir, mes jambes en béton me retenant sur le rectangle du petit paillasson que ta mère nous avait donné.

Après, trop tard, j’ai essayé de te suivre, de te tracer, de t’attraper.
Un pied en béton.
Un autre pied en béton.
De nouveau le premier.
Tout était tellement lourd. L’air surtout, il m’empechait de respirer. Trop d’air, trop dense, j’étouffais.

Le jour où j’ai pu courir après toi, j’ai couru dans tes pas: porte, jardin, portail, trottoir, route, rond-point. Et après? J’aurais voulu courir après troi mais j’ai perdu mon sens de l’orientation au rond-point du carrefour. Mes pieds n’étaient plus bétonnés, mais je n’avais plus pied.

Alors, j’ai couru partout, dans tous les sens. J’allais tellement partout. J’essayais toutes les routes. Pas de façon irraisonnée, non, raisonnablement. Je n’allais pas sans but, jamais. Mais n’y a t’il pas toujours quelque chose à faire, quelque commission à aller chercher, quelques lettres à poster? J’étais très occupée. Tellement occupée que je ne revenais que tard le soir, affronter la route, le trottoir, le jardin, la porte.

Quand je t’ai croisé, pas si loin du rond point, tu m’as à peine regardé, tu avais l’air gêné. Gêné de me voir, toute échevelée de ma course. Gêné, aussi, peut-être, de la fille à côté de toi.

Mais j’ai compris moi. J’ai compris que ce sourire là, il t’a fait franchir la prote, le trottoir, la route, et bien plus encore.

 

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