Le vase de roses (réécriture)

Ce matin là, elle respirait l’odeur délicate des roses automnales de son jardin de la banlieue parisienne. Elle cueillit un superbe bouquet qu’elle disposa avec goût dans le vase blanc en porcelaine de sa grand mère. Elle s’installa à son bureau en acajou, style louis 15 . Elle avait mis en toile de fond la symphonie de Carmen . Certains passages particulièrement endiablés lui donnaient envie de danser.Une douce chaleur confortable se faisait discrète dans la maison.

En fin de matinée,elle avait flané sur les quais de la Seine dans le marché aux oiseaux.Elle s’était mélée aux promeneurs. L’ ambiance y était bon enfant . Les couleurs et les formes des volatiles accrochés fièrement à leur perchoir l’avait fascinée Elle avait acheté des photos aux couleurs vives contrastées, très gaies . Ce sera le sujet de son prochain tableau de peinture. Elle, la terrienne aux sens aiguisés, ne se lassait pas de reproduire des animaux. Depuis qu’elle peignait, elle avait affiné son regard et ne cessait de s’étonner comme une petite fille de la beauté du vivant et de la nature .

Mais,ce soir là, elle resta interdite devant son écran de télévision : des attentats dans la Capitale étaient retransmis en direct . Des innocents venus se détendre en fin de semaine étaient pris pour cible. Les bruits fracassants de l’éclatement de bombes retentissèrent à deux ou trois reprises. Non !elle ne visionnait pas un triller : c’était la réalité.L horreur absolue en ce 21 ième siècle était en train de se produire sous ses yeux.Ce fut un carnage. Le président de la République décréta le pays en état de guerre.Elle resta figée dans son fauteuil . Elle n’avait pas vécu les deux derniers grands conflits mondiaux et pourtant des réminiscences de ces dramatiques périodes remontaient dans sa mémoire .Elle était née en 1948 . Plus jamais cela avait -elle entendu dire durant son enfance, nous construirons un monde à visage humain !Son corps s’enkilosait,ses yeux se brouillaient de larmes. Comment vivre à présent ? Se confiner dans son appartement au maximum.Renoncer à voir ses amis à pratiquer ses activités ou comme son père entrer en résistance. Dans sa famille les hommes avaient une grande conscience de la lutte.Ils se révoltaient et faisaient face à l’ennemi contrairement aux femmes qui subissaient leur sort mais qui avaient avaient joué leur rôle d’ épouse et de mère affectueuses.Cet type de conflit était inédit, les ennemis des mouvances terroristes, les armes sophistiquées .La colère montait en elle par déferlantes rapprochées !Pourquoi et comment en étions nous arrivés là ?Ses conflits psychologiques mêlés à la peur, l’épuisèrent.Elle trouva à peine la force d’aller se coucher.

Le lendemain de ce matin là, elle se leva tôt, le cœur lourd.Elle absorba un café chaud dans le salon puis son regard se porta sur le bouquet de roses dans le vase de sa tendre aïeule. Le visage de bonté de son père, tant soucieux de ses frères humains et de leur avenir, lui revint en mémoire. Des forces nouvelles tressées d’Amour montèrent en elle.

 

 

 

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