Jeanne

Au bord de la mare dans laquelle Jeanne se mire, caquettent les poules, croassent les corbeaux de mauvais augure.

Encore un, et je le cloue sur la porte du père Arthur !

Il l’avait surprise, dans son slip moulant des parties molles peu appétissantes. De rage, elle a eu envie de lui malaxer les roubignoles.

Laisse-moi me mirer dans le lac, vieux pervers ! a crié Jeanne.

Mais c’est Moi que tu dois regarder ! a-t-il répondu.

Il a pris ses cliques et ses claques, est remonté dans sa voiture, a démarré en faisant crisser les pneus.

Les larmes ont coulé des joues de Jeanne, et au contact de l’eau se sont transformées en cire.

Elle s’est relevée et a repris le chemin de la ferme.

La voiture d’Arthur était là, les pneus fumaient encore.

Elle a retiré sa cape et l’a suspendue à la patère.

Arthur, habillé, assis dans son fauteuil, fumait la pipe, les yeux perdus dans les braises du feu de cheminée.

Ah ! Te voilà ! Marmonna-t-il. Tu penseras à aller au jardin déterrer les légumes pour la soupe.

Les mâchoires crispées, elle obtempéra.

Combien de temps encore ? Combien de temps avant qu’elle ne revienne ? La femme d’Arthur avait disparu un matin d’octobre. Rouge était le ciel ; rouge était la mare dans laquelle Jeanne se mira ce matin-là. Un vol de cormorans passa loin au-dessus des arbres. Quelle heure était-il ? Jeanne ne savait plus. Jour après jour, elle était troublée par son image qui devenait méconnaissable. Depuis qu’il se prétendait guide suprême, le père Arthur lui administrait un cocktail de médicaments.

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