Histoire courte – Vin de messe

Le sang du Christ.

Je trempe mes lèvres dans le calice.

Le sang du Christ.

Je recommence le geste.

Je panse les plaies en aspirant le sang.

Le sang du Christ.

Je bois ce sang comme j’ôte le péché.

 

J’ai peut-être été trop ambitieux.

J’ai peut-être mal compris le message des Textes.

J’ai eu besoin de ce sang, chaque jour.

Du calice, il est passé dans un verre.

Je l’ai désacralisé. Je me suis noyé dans ces verres, chaque jour plus grands.

Hémorragie.

 

J’ai mis une tenue neutre, passé une main dans mes cheveux pour les décoiffer, faire « jeune ». J’ai retiré les lacets de mes souliers, acheté un sweat siglé UCLA sur le marché. 5 euros.

Je suis entré dans la grande surface. Anonyme, j’ai pris une bouteille.

Je l’ai payée et suis sorti.

Elle a été vidée dans plusieurs verres que j’ai bus. Tous.

 

Dimanche, le sang avait un goût étrange. Il avait le dégoût du péché. De ma faute.

Comme si j’avais entièrement aspiré le sang pour n’en laisser aucune goutte à l’Autre.

Comme si je me donnais égotiquement le droit de m’enivrer.

Comme si ce sang me donnait un pouvoir, qui ne se partage pas.

Je n’y ai récolté que la capacité de me détruire.

Le foie m’a lâché.

 

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