Histoire courte – Le salon

Fernand rencontre son ami René devant la gare.

– Vé, René, mais où tu vas, endimanché un jour de semaine, avec ta valise ? Tu quittes Bouillagousse ?
– Beh, je monte à Paris. Je vais au salon du mariage !
– Mais… tu es célibataire ! « Pire que ça : un vieux garçon » , me dit ta mère.
– Justement ! Je vais me marier. Il y aura tout sur place ; les femmes auront déjà leur robe. Regarde, j’ai l’affiche. Après, pour le repas, tout ça, on verra au retour, hein !
– René, les femmes, là, ce sont des mannequins, elles ne font que porter les robes, pour faire fantasmer. Elles ne sont pas forcément des cœurs à prendre.
– Pas grave, leur galant, je l’estourbirai. Ça doit pas gigoter plus qu’un cochon, non ? Et après, je reviens avec ma princesse. Le plus dur, ça va être de choisir. Je pense qu’il y en a des belles !!!

Quelques mois plus tard… les mêmes, au même endroit.

– Vé, René, mais où tu vas, endimanché un jour de semaine, avec ta valise ? Tu quittes Bouillagousse pour de bon ? Tu as enfin trouvé une femme à épouser ? C’est ta mère qui va être contente !
– Chut ! Je monte à Paris. Je vais en vacances ! Pour 10 euros. Ne le répète pas, hein, je veux être tranquille.
– Mais… cela tient du miracle ! Je suis scié !
– Hé, hé… c’est le salon !
– Le salon ?
– Voui, pardi, le salon du tourisme ! J’ai hâte !!!
– René…
– Quoi, « René… », pourquoi tu me fais cette tête-là ! Tu es jaloux, hein ? Allez, je te pardonne… Tu vois Fernand, le plus dur, ça va être encore de choisir.

Un autre jour, les mêmes, devant la pharmacie.

– Eh René ! Hola ! C’est quoi ce coquard ! Et tu… tu portes des besicles ?
– Voui, je crois que je n’ai plus le choix…
– Raconte !
– Beh… j’ai voulu traire Princesse Leïla, dimanche matin.
– C’est tout ? Et c’est elle qui t’a amoché comme ça ?
– Non… En fait, j’ai pas bien vu ; c’est Goldorak que j’ai tripoté. Il a pas apprécié.
– Gogol quoi ?
– Goldorak, mon taureau ! Le salaud, il m’a pas raté. Depuis, j’ai pris une bonne résolution.
– Arrêter la poire le samedi soir ?
– Non, mettre mes lunettes.
– Ah… Dis-donc, tu n’es pas allé au salon de la voyance ? Cela aurait pu t‘aider, pour tes yeux, non ?
– Arrête de me prendre pour un gland, Fernand. Ces salons, c’est pour les naïfs.

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