Accroupi sous les branches

Accroupi, sous les branches, dans le silence, il attend. Il tend l’oreille, surveille chaque bruissement, chaque souffle du vent dans les feuilles, chaque battement d’ailes précipité, chaque branche qui craque sous les pas. Il essaie de deviner à qui appartiennent ces pas : une biche égarée ? Un sanglier affamé ? Un cheval élancé ? Un serpent encanaillé ? Une fourmi affairée ? Il ferme les yeux pour mieux les voir.
Dans ce silence serein et apaisant, son ventre se réveille soudain et se met à gronder. A midi, il a mangé des arancini. Enfin, c’est ce qu’on lui a dit. Pour lui, c’étaient des boulettes de riz. Il en a marre de manger de la nourriture de gens édentés. Mais on avait éloigné fourchettes et couteaux de son champ de vision, de son champ d’appréhension. Alors il a de la nourriture à gober.
Chut ! Il n’entend plus le mulot. Il entend le serpent digérer. C’est déjà l’heure du goûter.
Accroupi, sous les branches, dans le silence, il attend. Il attend qu’on vienne le chercher avant que la nuit tombe. Il a un peu peur dans le noir. Les bruits ne sont pas les mêmes. Les prédateurs sont plus observateurs, plus patients, plus silencieux aussi. Ils attendent que leur proie soit endormie ou à l’abri pour charger.
Entre chien et loup, il écoute sa respiration, il compte les secondes pour inspirer, il compte les secondes pour expirer. Il se concentre pour que chaque action dure équitablement. Il gonfle son ventre et ses poumons puis les dégonfle.
Au loin, il entend son nom, des branches qui fouettent, des feuilles qui craquent, des bottes qui claquent et encore son nom.

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