Equilibre émotionnel

« Allez, allez, on y va. Une pompe. Une deuxième ». Les bras lâchent, elle s’écrase au sol. « Allez, allez, encore un p’tit effort, on avait dit qu’on ferait trois pompes aujourd’hui, quatre abdos et un étirement pour consolider tout ça ! »
Mais quel con, ce coach ! Il fait que gueuler, soi-disant pour stimuler et motiver les troupes. Programme sportif exceptionnel assène-t-il pour avoir un corps svelte et musclé, des bras et des jambes fuselés et pas un pet de gras. Un corps sec et en bonne santé.
Elle, elle a des rondeurs, ça sert à réchauffer les cœurs. Elle entend « Respirez bien fort, ouvrez vos chakras, jetez, expirez vos mauvaises graisses, vos mauvaises pensées. Laissez entrer la lumière. Allez, allez, encore dix pompes. »
Hein, quoi ? Quand est-ce qu’on est passé à dix pompes ? Il avait bien dit trois, non ? Elle en avait fait deux et demie et c’était bien ainsi. Elle était au bout de sa vie, les cheveux lui tombaient sur les yeux, collés par la sueur de son front. Et l’autre con, là-bas, il fait que se pavaner, se regarder dans le miroir, tendre le muscle d’un bras puis celui de l’autre bras. Il jette un coup d’œil sur ses fesses bombées et musclées.
Elle va y arriver à faire ses dix pompes, rien que pour faire rager le coach qui la regarde avec dédain en pensant tellement fort : « Quelle pôv’ fille ! Aucun espoir ! ». Elle s’en fout, elle est guérie et aguerrie de ce genre d’énergumène qui la traitait comme une moins que rien. Elle ne s’inquiète pas, elle fera dix pompes et même vingt. Et puis, en fait, non, elle n’en fera que deux et demie.
Elle se relève, prend sa serviette, essuie son visage rougi, boit toute sa bouteille d’eau, lui sourit et se dirige vers la porte.
« Attendez ! Je voudrais vous parler. »

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