Sa voix

Elle lui a dit d’une voix sourde « meurs ». Ca l’a réveillée. Volets clos elle a laissé tomber son maillot de bain derrière elle. Les strophes défilaient dans sa tête. Elle ne s’est pas baissée pour ramasser le maillot de bain. Elle savait que cela ne dérangerait personne. Elle n’avait jamais lu leur contrat de mariage. Elle ne savait pas sous quel régime elle était mariée. C’était le régime de la solitude. Celui où elle n’entendait plus sa voix. Elle rougit en s’entendant crier « meurs ». Son marie n’était pas là. Il ne l’aura donc pas attendue. Comment pouvait-il mourir en son absence? Elle n’avait rien lu de semblable dans les romans. Meurs! Meurs! Meurs! Elle cognait sur les murs de leur chambre. Elle était pétrifiée par la violence de sa voix. Elle qui n’entend jamais sa voix. Elle qui n’a jamais mis un mot plus haut que l’autre. Alors qu’elle n’en pensait pas moins. Et le « meurs » qu’elle a jeté au mur ne tombe pas. Elle savait qu’il était à Dreux. Elle ne voulait pas imaginer celle qui partageait le corps de son mari. Si elle la rencontrait sur le quai de la gare de Dreux que lui dirait-elle? « Bonjour » ou bien « meurs ». Le chat est venu se frotter sur ses mollets. Comme pour lui dire de se taire. Elle ne veut plus se taire. Elle aimait la violence de sa voix. Elle y prenait goût. Une violence qui aiguisait ses cordes vocales. Qui aiguisaient son appétit. Meurs!

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