L’attente de la petite fille

Sous la porte une fine ligne de lumière éclairait les lames du parquet. La petite fille attendait. Assise par terre, le dos au mur et face à la porte. Elle attendait que celle-ci s’ouvre à nouveau. Elle se demandait ce qui allait en sortir. En entrant dans la pièce, ses parents étaient certes fâchés mais toujours ensemble. Les cris s’étaient tus mais l’angoisse de la petite fille envahissait encore tout l’espace du couloir. Le silence enserrait son petit cœur fragile. Elle essayait de ne pas penser à ce qui pourrait se passer une fois la porte ouverte. Elle ne voulait pas être comme toutes ses amies. Deux maisons. Un week-end sur deux. Des beaux-parents. Elle essayait de contenir ses larmes quand elle entendit des pas se rapprocher. Elle se leva et sécha ses yeux d’un revers de manche. Elle était forte et personne ne devait savoir que cette situation la faisait souffrir. La porte s’ouvrit sur la mine sombre de son père. Au fond de la pièce sur le canapé, sa mère était assise le regard vide et les joues mouillées. Alors la petite fille sut. Elle rejoignait les mêmes rangs que ses amies. Son père s’approcha d’elle. Lorsqu’il s’accroupit pour être à sa hauteur, elle lui demanda d’une petite voix :

« Tu vas partir ? »

Son père la prit dans ses bras et lui murmura qu’il l’aimait et que rien ne changerait entre eux. Elle voulait lui hurler que si tout allait changer, mais aucun son ne sortit. Son père commença à partir. Lorsqu’il posa sa main sur la poignée, elle lui demanda :

« Pourquoi ? »

Il se retourna et lui asséna une phrase qu’elle n’oublierait jamais :

« Je dois partir pour être heureux à nouveau. »

Il ouvrit la porte et partit sans un regard en arrière. La petite fille ne comprenait pas pourquoi son père n’était pas heureux. Elle était sage, gentille et aimante. Elle se dirige vers sa mère et s’assit à côté d’elle. Celle-ci la prit dans ses bras en lui disant que tout irait bien.

La jeune femme regarde la porte ouverte face à elle et ce canapé. Oui, tout avait changé. Non, tout n’était pas allé bien. Mais elle est là et ils l’aiment, alors est-ce que cela compte encore ?

Ce contenu a été publié dans Atelier Buissonnier. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.