Rencontre improbable sur un chantier

Francis et Mario avaient été abandonnés après la journée de travail. Ils avaient essayé de se tenir chaud dans le froid de la nuit mais là s’en était trop. Il restait encore 2h avant la reprise du travail et la pluie venait de se mettre à tomber. Francis sentait déjà la rouille lui chatouiller le métal. Mario, de son côté, connaissant la fragilité de son ami, essayait de lui offrir un peu de protection. Néanmoins, sans clé, il ne pouvait pas bouger pour abriter correctement le délicat tournevis. Il enrageait. C’est vrai à quoi bon pouvoir soulever autant de poids si on ne peut même pas aider un amis sans l’assistance d’un humain. Francis, le tournevis, et Mario, le chariot élévateur, se connaissaient depuis longtemps. Ils s’étaient rencontrés quand Mario s’était blessé à la suite d’une altercation avec Ginette, la palette. Ginette avait d’ailleurs disparu après cet incident. Francis avait retapé Mario et ils étaient devenus amis. Ils n’appartenaient pas au même humain, mais cela ne les empêchait pas de se croiser souvent. Parfois de loin, au hasard des trajets de leurs humains. Parfois intimement, souvent quand Mario avait un soucis. C’était d’ailleurs le cas la veille. Un rouage déplacé les avait fait se revoir et un match de foot les avait laissés abandonner de tous. Francis se sentait de plus en plus mal avec toute cette pluie. Et Mario se sentait coupable de ne rien pouvoir faire. Surtout après tout ce que son ami avait fait pour lui. Il essaya de bouger, d’atteindre ce pauvre tournevis quui gisait sur le sol. Il s’agita tant qu’il commença à tanguer. Francis le supplia d’arrêter. Il ne voulait pas le voir se mettre en danger pour un peu de rouille. Mais Mario savait que c’était plus que cela et que d’ici la début de la journée de travail, Francis serait perdu. Alors il continua encore et encore, jusqu’à ce qu’une de ses roues se dérobe et qu’il ne tombe. Il s’affala sur le côté, si proche de Francis qu’il le protégeait enfin de la pluie. Mario était heureux d’avoir pu aider son ami. Ne serait-ce qu’un peu. Mais la joie ne dura pas, car il se sentit de plus en plus faible. Francis essaya de se rapprocher pour voir ce qui n’allait pas, quand tout à coup il sentit quelque chose de visqueux en plus de la pluie sur son manche. En tombant, Mario avait perforé son réservoir et peut-être plus. Francis sentait lui aussi son métal être rongé de plus en plus. Les deux amis serrés l’un contre l’autre se protégèrent jusqu’à la fin. Et à 8h, reprise du travail, les ouvriers trouvèrent un chariot élévateur couché sur le sol irréparable protégeant un tournevis complètement rouillé et inutilisable.

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