A choeur et à son

Lola allait chanter le lundi soir dans la salle de l’école de musique. Juste chanter, à défaut de chanter juste.

Elle ne savait pas lire les partitions. Elle brillait par son incompétence, et les strass dont elle se parait, pour attirer tous les regards. Tous ? Non, pas ceux de son chef de choeur qui ne lui réservait que de gros yeux rougis des larmes du désespoir. Il avait essayé de lui apprendre à déchiffrer les notes. Mais elle ne savait y faire qu’avec les notes de frais de ses collègues. Elle était secrétaire de direction.

Le lundi soir après la répète, elle aimait boire. Un verre, ou deux, voire trois. Point de reprise du volant dans ce cas. Elle se faisait tracter par Robert, qui avait fait vœu de sobriété. Renouvelable chaque semaine. Il pensait qu’un des choristes prendrait la relève, lui permettant de s’enfiler une bouteille. Las ! Ils ne composaient pas avec lui. Robert se rattrapait sur les petits fours qu’il grignotait avec le petit doigt dressé, en homme du monde distingué.

Lola, elle, jurait comme un charretier, tant elle avait l’alcool mauvais. Si après tout cela elle essayait de chanter, les casques anti-bruits étaient distribués comme des gilets de sauvetage aux naufragés du son. Son coffre atomisait toute velléité de rébellion. Nul ne pouvait la faire taire sans risquer pour sa vie.

Robert, lui, était écarté entre l’envie de la balancer dans le décor avec son auto, ou la garder comme amie. Car elle payait bien le transport assisté. Alcool mauvais, peut-être, mais généreuse, assurément. En cela il l’appréciait.

Avec cet argent de poche, il achetait des jéroboams pour les week-ends sans chorale.

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