Donald et les bijoux

Donald passait chaque matin en revue les joyaux dans sa vitrine. Son oncle avait sans doute déteint sur lui. Fortuné et avare, il aimait chaque jour dénombrer les pièces cachées dans son bas de laine, écru et épais.

A présent, il convoitait un trésor : les bijoux de la couronne. Il se présenta dans la maison de vente aux enchères, son gros bas lourd noué autour de la taille.

Le vigile à l’entrée, les oreilles torturées par les cris incessants du détecteur de métaux siffla :

– Mais vous avez perdu l’esprit ? Sortir avec toute cette ferraille, c’est insensé !

– Tu sais ce qu’elle te dit ma ferraille ? répliqua Donald, rouge de colère. Ma ferraille elle te dit qu’elle vient acheter les bijoux de la cou-cou, de la ro-ro, de la neu-neu. De la cou-ro-nne !

Le vigile haussa les épaules et le laissa entrer, non sans avoir vidé puis re-rempli le bas. Nul n’est jamais trop prudent.

Donald s’assit à côté d’une dame à la poitrine aussi opulente que les bagues autour de ses doigts.

– Vous venez pour la couronne ? glissa-t-il à sa voisine.

– Oui. Mais chut ! Ça va commencer, chuchota-t-elle.

– Ah ! N’est-elle pas belle ? s’émut Donald. Je suis comme un avion en pilotage automatique sans elle. Je n’arrive plus à atterrir. Que deviendrai-je si elle m’échappe ? Jurez-moi que n’allez pas enchérir au-delà de mes offres. Jurez-le, je vous en prie.

La dame se taisait, captivée par le marteau du commissaire-priseur. Donald continuait son monologue.

– Si je ne l’acquiers pas, je vais me perdre dans la pauvreté. Enfin, d’après mes critères qui sont, je vous le concède, peut-être un tantinet excessifs. Mais enfin, sans l’ambition de quelques uns, le monde n’irait pas bien.

Il regarda sa voisine, crut déceler une crispation de mâchoire. Elle allait ouvrir la bouche, prononcer un mot. Las ! Elle se tourna brusquement vers lui, le gifla sans ménagement et asséna un « Taisez-vous » qui fit osciller le marteau sur l’estrade.

Donald se ratatina sur sa chaise, et caressa son gros et lourd bas de laine pour se consoler.

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