La lettre

Tu t’es installé à la fenêtre pour lire la lettre. Maman l’avait glissée dans une boîte sous le plancher. La lettre était cornée, légèrement jaunie. Tu as pris une grande inspiration et tu as déplié la lettre. Elle ne commençait pas comme tous les contes par « il était une fois ». C’était son écriture à elle, sur du papier qui avait été blanc. L’encre bleue était devenue noirâtre. Elle y racontait comment elle était tombée amoureuse de toi au collège, vos longues promenades sur les plages en été comme en hiver. Dans ses mots, on entendait vos fous rires quand tu lui tombais dessus après avoir couru dans le sable. Elle dévoilait vos respirations saccadées, votre amour fou et intense de jeunes amoureux, sans rougir. Elle te rappelait vos rêves de voyage en bateau et même en avion. L’aérodrome n’était pas si loin te disait-elle.
Et puis, un soir, la nouvelle est tombée comme un couperet, un coup de massue sur ta tête et sur ton cœur. Rien à faire, juste quelques jours, quelques mois avant l’abattoir. Dans sa lettre, elle te disait combien elle t’avait aimé, combien elle regrettait de ne pas pouvoir vieillir à tes côtés. Elle te demandait de prendre soin de moi parce qu’elle ne le pourrait plus, parce qu’elle ne pourrait plus me voir grandir et aimer la vie comme elle l’a dévorée chaque instant.
Tu as replié la lettre, tu as regardé la mer au loin par la fenêtre. Une larme a coulé sur ta joue. Tu as caressé la mienne. Je suis sortie et j’ai dit au vent : « Maman, aujourd’hui, je veux courir sur la plage et respirer les nuages blancs. » Comme toi, il n’y a pas si longtemps.

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