Le médaillon

On marchait ce jour-là sur le sentier de la falaise, celui qu’on aimait tant arpenter au coucher du soleil quand la mer devenait calme et virait au violet.

On marchait ce jour-là, ce jour où tu m’as donné le médaillon. Tu l’as sorti de ta poche, comme les enfants sortent de leur poche un caillou, un coquillage, un trésor.

Tu as sorti de ta poche ce médaillon. Pour que je le voie, nous nous sommes arrêtées. Toutes les deux. Et nous avons tournicoté, face à face, côte à côte, pour que le soleil l’éclaire au mieux ce petit médaillon, ce médaillon minuscule, que j’ai craint de laisser tomber de la paume de ma main dès que j’ai senti que tu me le cédais. Il était si léger. Il vient de ma mère, as-tu dit. Je ne savais rien de ce médaillon et si peu de ta mère. D’elle, m’as-tu informée, je n’ai gardé que ce médaillon et un livre de Prévert. Nous avons repris notre marche sur le sentier, sous le ciel lardé de nuages allongés, le long de l’Océan immense, de cette ligne d’horizon que j’aimais tant scruter. Et puis, nous sommes rentrées.

Mon oncle nous a saluées de loin, sans lever les yeux de son magazine. Nous avons accroché au porte-manteau nos coupe-vent, enlevé nos bottes en nous asseyant côte à côte sur le petit banc de bois. Nous nous sommes emmêlées dans les chaussons. Je suis montée dans ma chambre et j’ai posé le médaillon dans une petite coupelle de porcelaine bleue et blanche sur la table de nuit. Je me suis assise sur le lit. Et je suis restée, les yeux dans rien, la tête vide. Et puis mon attention s’est dirigée vers le phare que je pouvais voir depuis la fenêtre. La nuit était tombée sans que je m’en aperçoive. Je n’avais pas envie de bouger, pas non plus envie d’allumer la lumière. J’entendais, montant du rez-de-chaussée, des voix, pas vraiment des discussions, plutôt des paroles interrompues par des silences. J’ai allumé la mèche de la bougie que j’aimais bien poser sur la table. Quand je venais là, j’apportais toujours une bougie pour ma chambre. Et le soir, souvent, avant de dormir, je l’allumais et je regardais danser la flamme au plafond et sur les parois du paravent. Ce paravent couvert de tissu qui avait un temps protégé des regards celui qui se lavait avec le broc et la bassine. J’avais mal, un mal indéfinissable. J’avançais le médaillon près de la flamme pour l’observer plus finement et je sentis que je souriais. J’étais heureuse d’être la gardienne de ce trésor. Ce petit morceau de ma grand-mère dont il restait si peu. Je le glissais dans cette trousse qui renfermait les quelques bijoux que j’emportais toujours dans ma valise et soufflais la bougie. En bas, le feu devait déjà crépiter et j’avais envie de me lover dans cette ambiance si particulière des soirées de la Laumière. S’il était encore temps, je ferais une tarte pour donner au dîner un petit goût de paradis.

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