Le rosbif d’Augustine

Niels n’était pas enchanté par les repas de famille. A sa droite, son frère Georges, à sa gauche sa mère Danielle, au centre un rosbif trop cuit accompagné d’une purée de potimarron dont il avait horreur. Un cérémonial qui se tenait maintenant depuis plus de quinze ans et qui avait été initié à la mort de la taulière, Augustine le Guillerne, le personnage fort de la famille qui avait parcouru le monde et fait don de sa vie aux autres. Ethiopie, Mozambique, Brésil, Kurdistan… D’Augustine, Niels ne connaissait que les lettres de la boîte en fer sur laquelle il était tombé un jour en cherchant un vieux gramophone dans le grenier sans âge. Des lettres adressées à son feu mari qui rapportaient ses missions au service des autres. Pas des lettres d’amour, non, mais des lettres d’engagement et de dévouement pour ces peuples en souffrance. De sa vie, Augustine avait fait quelque chose. Niels l’admirait pour cela, lui qui errait dans sa vie étriquée. Voyager, voilà une entreprise qui pourrait l’arracher à cette vacuité qui pesait sur lui comme un ciel bas et lourd.

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