Vers quel horizon

Son esprit casanier le poussait souvent à rester chez lui, dans son quotidien, ses repères, ce qu’il était sûr d’aimer. Ce cocon était synonyme pour lui de sécurité, de plaisir de l’introspection dans un cadre sans surprise. Ce n’est pas que l’extérieur l’effrayait mais partager son temps avec lui-même lui convenait. Il ne se fâchait pas, était en accord, demeurait paisible. L’extérieur pouvait le perturber, secouer sa routine, troubler son ennui. Contrairement à beaucoup de personnes qui redoutaient l’ennui, lui appréciait cet état dans lequel il se reconnaissait, dans lequel il pouvait rêver comme bon lui semblait, se perdre dans des souvenirs réels ou qu’il arrivait à se fabriquer avec comme compagne son imagination. Il n’était pas vraiment contre la nouveauté et l’action mais pas vraiment pour non plus. L’espoir et les perspectives ne l’attiraient pas particulièrement. Une vie en panoramique, il n’aurait pas vraiment su quoi en faire. Il n’avait pas cette volonté, cette envie d’inconnu. L’espoir n’était pas un sentiment qui l’habitait. Il rêvait, oui, mais de ce qu’il possédait déjà. L’immeuble en face de son appartement était très haut, bouchait son horizon. Il voyait à peine les nuages. Rester volets fermés, dans l’obscurité, dans cet appartement sombre ayant parfois l’aspect d’une cave entourée de murs lui permettait de réfléchir à sa vie. Sa vie passée qui ne ressemblait en rien à celle d’aujourd’hui. Cette vie qui lui paraissait, à l’époque, plus conforme à celle de ses contemporains avec des projets de vie, de vie à deux, puis à trois ou quatre, de situation professionnelle confortable, de voyages, de vie matérielle idéale dans une société de consommation. Il en était revenu après beaucoup de désillusions et d’opportunités manquées. Pour qui, pour quoi toutes ces choses, cette ligne d’horizon à observer et à vouloir atteindre. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus mais plus de quoi ? Il s’était perdu, sans boussole, sans sa boussole intérieure. Il avait alors décidé, dans la difficulté, de revenir à lui, à ce qu’il était et s’en rapprocher pour ne plus s’égarer.

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