Petit

– Papy, tu dors ?
– Non, petit.
– Papy, on dirait vraiment que tu dors.
– Viens sur mes genoux, petit.
– Ah, cool, tu vas me raconter une histoire ? J’espère que tu ne vas pas me raconter quand t’as fait la guerre parce que ces histoires-là, elles me font un peu peur.
– Non, t’inquiète pas, petit. Tu vois les moutons là-bas ?
– Oui. Oh la la, ils ont pas chaud comme ça ? On dirait des grosses boules.
– Tu vois, petit, quand on ne voit plus leur tête, il est temps de les tondre pour récupérer la laine.
– Ah d’accord. Mais, Papy, tout tondus, ils ne vont plus ressembler à des moutons ? Et puis, ils vont avoir super froid après.
– C’est pour ça qu’on les tond en été. Tu vois, petit, quand j’étais petit, mon frère et moi, on coursait les moutons pour les attraper. On leur tenait bien la tête et les jambes et Papa, d’un coup de main de maître, faisait un aller-retour de tondeuse et on pouvait lâcher le fauve.
– T’es rigolo Papy, les moutons c’est pas des fauves, c’est plutôt docile !
– C’est vrai petit. Mais avec mon frère, on avait l’impression d’être des super-héros quand on les attrapait.
– Dis Papy, après, ça devait faire une montagne de laine.
– Oui. On remplissait la brouette et on se mettait dessus chacun notre tour pour apporter la laine à notre mère. On faisait des courses de brouette.
– Ah. Et vous ne vous êtes jamais fait gronder ?
– Non, pas trop. Par contre, on est tombés souvent. Heureusement, la laine nous amortissait. C’était moelleux, c’était doux mais ça sentait pas très bon.
– Tu m’étonnes !
– Ça nous changeait un peu de nous jeter dans la laine plutôt que dans le foin. Parfois, on se cachait même dedans. Ça rendait folle Maman quand elle nous cherchait pour le dîner.
– Ça, c’est sûr, Papy, c’est une super bonne cachette.
Papy sourit et tapa sur la tête du petit.
– Oui, petit, ça nous a bien servi pendant la guerre avec mon frère. De cachette en camouflage, ils nous ont bien servi ces moutons !
– Ah non Papy, tu vas pas encore parler de la guerre ! Parle-moi plutôt des moutons.
– Tu sais, petit, la guerre, ça peut pas s’oublier.
– Je sais, mais je veux pas te voir triste, Papy.
– D’accord, petit.
Papy s’assoupit.
– Papy…Papy, tu dors ?

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