Paul et les bateaux

Un stand se tient sur le quai. Une jolie blonde au maillot rose fluorescent habite les regards des passants.
– Bateaux à vendre ! , crie-t-elle dans un mégaphone, de sa voix éraillée de fumeuse invétérée.
Paul, à l’oreille alléchée, lui tient à peu près ce langage :

– Holà ma poulette, tu m’intéresses, boudiou !
Elle lui tend une tablette. Du pouce, il fait défiler et défiler l’écran des bateaux décrits sous tous les angles. Du radeau au yacht de 30 mètres, tout se vend. Paul demande à voir les pièces, in situ.
La jolie blonde l’invite à regarder au-delà de ses seins, lancer un regard sur le port.
Paul ajuste sur son nez des montures aux verres épais, puis tourne la tête. Comme dans la bibliothèque où les titres attirent la curiosité, il se laisse séduire par les noms des bateaux.
Il s’arrête devant une barque couverte de tissu.
– C’est un corbillard ? demande-t-il.
– Non, c’est une toile pour éviter la poussière. Le bateau est en bois ; je vous laisse imaginer le coût de l’entretien, la cire à acheter.
– Mouais, marmonne Paul… MARCO POLO ! En voilà un chouette nom de bateau !
– Hem, j’attire votre attention sur le fait qu’il y a 2 Marco Polo dans le port.
– Ah ! Et comment je fais si je rentre bourré pour ne pas me gourer ?
– Je vous propose alors de porter votre dévolu sur un autre navire.
Paul arpente le quai, en attente du coup de foudre. Son regard bleu se perd dans des scintillements d’eau glauque au premier plan. Afin de renouer le contact avec la belle blonde à la forte poitrine, il ose une question :
– Les bateaux sont branchés ; ce sont des bateaux-lib ?
– Des quoi ?
– Ben, des bateaux électriques.
– Oh que non ! Dites-moi, trouvez-vous enfin votre bonheur ? Regardez bien, il y en a des bateaux à vendre !
– Certes, certes, mais…
– Mais ?
– Un bateau, ça se conduit avec un permis vélo ? J’vous demande ça, parce que j’ai vu des VTT embarqués.
La blonde manque de s’étouffer avec sa salive.
– Est-ce que vous insinuez que vous n’avez pas le permis bateau ?
– Ben non. Vous savez, pour moi, entre piloter un bateau radiocommandé au jardin du Luxembourg et faire du bateau sur la Seine à Paris, la différence est minime.
– Dans ce cas, répond la fille, je vous laisse choisir un de ces 3 bateaux-écoles pour apprendre à naviguer. Et ne revenez me voir qu’après que vous saurez voguer, accoster, et arrêter de me mater.

Ce contenu a été publié dans Balade-Ecriture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.