Conte pour enfants tristes. (réécriture)

Ce jour là, par une nuit brune, taciturnes, les 12 mois étaient réunis autour d’une table ronde. Chacun parlait à son voisin de gauche.

Janvier à décembre : Toi tu es le roi des emplettes et des fêtes , chacun t’attend pour faire la fête et ne rêve que de partir en goguette, moi je ne suis qu’un pauvre solitaire dans le froid.

Février à janvier : Tu es le premier, le préféré , tu vis 31 jours entiers, moi le second muré entre deux longs mois comment faire ma place dans cet espace si étroit?

Mars à février : Sur tes lacs gelés blancs nacrés,on trottine, on bottine, on glisse, quel délice !Moi à la fonte des neiges, on me fait la moue,je ne suis que boue !

Avril à Mars : Toi tu es le mois de l’équinoxe, le mois de l’équilibre. Moi , je suis sur un fil étriqué,vent du nord cinglant ,vent du sud soufflant, de quel côté vais-je tomber ?

Mai à Avril : Tu es le mois de la première danse des fleurs dans un subtil parfum de senteurs,à toi tous les honneurs, Moi je suis boudé ,détesté,, harcelé, par les patrons en raison de mes ponts si longs !

Juin à Mai : Toi tu es le mois du muguet parfumé, des week end prolongés,que d’escapades sur les manteaux fleuris de tes prairies !Moi je suis bien morose, couvert d’ecchymoses sous le poids de toutes les roses.

Juillet à Juin : Tout pour toi ,le solstice d’été, les feux de la St Jeanet et la fête de la Musique en prime. Pour moi les chassés croisés des vacanciers sur les autoroutes goudronnées ,surchauffées, encombrées. Pas de visibilité !

Août à Juillet : Tu es le mois des festivités, farandole de la fin de l’école, flons flons tournent jupons sur les airs d’accordéon dans toute la nation. Pour moi ennui dans la ville assoupie chaleur, sueur, torpeur bitume et mauvaises odeurs.

Septembre à août : C’est le mois d’août qui mûrit les fruits. A la mi-août les noix ont le ventre roux,disent les dictons.C’est toi qui donne le bon goût.Moi je ne suis qu’ un vendangeur ,un cueilleur, toujours à la tâche à remplir hottes et paniers sans relâche.

Octobre à septembre : Tu es le mois de la maturité. Après le travail de tes frères, tu reçois tous les plus beaux fruits sucrés et dorés. De plus c’est toi qui prépares les semailles. Moi je subis les vents froids, les tourbillons des feuilles dépressives, les pluies à répétitions et les brouillards à cafard.

Novembre à octobre ; Tu as encore des belles journées ensoleillées, toujours à l’heure d’été !D’or de cuivre et de bronze tes forêts sont teintées ; Moi éternel cantonnier, tes feuilles mortes je ramasse à la pelle sous un morne ciel en noir et blanc.

Décembre à novembre : Maintenant , tu es le mois des droits de l’enfant.Avais-tu ce nouveau privilège il y a quelques temps ?Moi je suis parfois embourbé et méprisé, sous un infâme duvet de neige dans les villes agitées sans état d’âme.

C’est alors qu’un vent d’aurore rosé et lumineux se leva. La triste voix de chacun, il balaya et fit poindre dans les esprits les paroles douces et chaleureuses comme de la soie, du voisin de droite de la nuit.

 

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