La douleur.

Histoire imaginée à partir d’un « cadavre exquis » écrit en atelier. 1
Dans ma tête il y a du vent. Je n’arrive plus à rassembler mes idées. Tout tourbillonne comme les feuilles à l’automne, dans un air frais et piquant.

C’est un soir d’été. Le soleil brûlant a dardé ses rayons sans répit le jour durant , sur la campagne déjà si sèche. Seules quelques gouttes d’eau sont tombées en fin d’après midi. Pourtant, la pluie laisse le sol humide dans mon jardin que je regarde de ma fenêtre, le front collé à la vitre. Lourdes et mouillées, mes pensées sont désintégrées à l’instanté,inconsistantes, insaisissables comme des bulles de savon.

Alors, je sors dans les bois éclairés par la lune. La nuit projette sur le paysage un écran anthracite saupoudré de traces de lumière pâle . Des silhouettes d’arbres feuillus ,d’un noir intense laissent voir des formes inquiètantes.On dirait un théâtre d’ombres. J’avance dans ce décor qui désarticule de plus en plus mon âme.

« Dans mes pieds,il y a du rouge, beaucoup de rouge. C’est pourquoi je n’ai jamais froid ! » me dis-je, afin de lutter contre ma souffrance qui fait corps avec ce lieu inhospitalier, sans couleur. C’est alors que des images rouges et noires tourbillonnent devant moi . Puis elles se précisent et laissent apparaître un couple de danseurs de tango, dans mouvement harmonieux et rythmé à la fois .Le Rouge tango et le noir corbeau  se répondent en écho puis  disparaissent.

J’entends alors au loin une musique langoureuse .Il apparaît là, bienveillant heureux, vêtu d’un pantalon en toile et d’une simple chemise noires qui lui vont si bien. Sa force tranquille me rassure . Les oiseaux chantent et picorent les semences du jardin. La journée est douce . Le soleil se retire discrètement . Peu à peu la nuit nous enveloppe d’un voile tiède et léger. Mais, la ville endormie a tout à coup, bondi. Il s’agite dans le lit comme s’il se battait contre un ennemi invisible . Une lutte longue et féroce s’ensuit puis vaincu, il lâche prise.

Une douleur violente remonte des profondeurs abyssales de ma mémoire et frappe mon cœur à coups répétés . Péniblement mes pensées se rassemblent . L’épaisse fumée noire qui les noyait dans l’incohérence, se disperse . Il réapparaît là, immortel, avec son visage de bonté. Il m’offre son sourire fleuri et me prend par l’épaule . Je comprends que désormais nos destins amoureux sont liés pour l’éternité .C’est pourquoi il a regardé le ciel . Nous danserons à jamais le tango cette danse que nous aimions tant..

Je rebrousse chemin, épuisée et apaisée. Le jour se lève. Des fleurs se sont ouvertes et la rosée éclaire le paysage.

1« Dans ma tête il y a du vent,

Pourtant ,la pluie laisse le sol humide.

Alors je sortis dans les bois éclairés par la lune.

Dans mes pieds il y a du rouge, beaucoup de rouge.

C’est pourquoi je n’ai jamais froid.

Les oiseaux chantent et picorent les semences du gazon.

Mais la ville endormie a tout à coup bondi.

Les fleurs se sont ouvertes et la rosée éclaire le paysage .

C’est pourquoi il a regardé le ciel. »

 

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