Madeleines silencieuses.

Le fondant de ces petits-beurre dans la bouche et la tendresse de te retrouver. Ces petites miettes qui disparaissent, fragiles, sur la langue. Cette effervescence suave et moelleuse qui réchauffe le palais. Il y a de ces moments que la vie nous balance, franchement, sans hésitation, comme on lancerait des dés sur un plateau de jeu. Et on ne sait jamais quel chiffre va sortir. On ne s’y attend jamais. Quand la vie lance les dés avec toi, je peux fermer les yeux.

Je peux fermer les yeux et je peux sentir nos sourires timides partagés pendant les moments de silence. Je peux sentir cette pudeur chétive qu’un rien ébranlerait et que l’on protège par des artifices pas sérieux, ces puérilités qui ne font rire que nous, ces échanges logorrhéiques au fond, superficiels. Et je peux surtout entendre nos non-dits, mélodie très éloquente en somme. Je peux revoir nos mains qui s’accrochent comme le dé s’accroche à la table avant d’arrêter sa course effrénée ; comme si elles voulaient attraper ces messages bien trop implicites qu’on n’ose à peine décoder. Je redécouvre les petits gestes avec toi. Les regards fuyants quand ils se croisent parce qu’ils ont un trop plein à se dire. La maladresse de nos pas qui avancent mutuellement l’un vers l’autre lorsqu’il y a un excès de sentiment qui vient zébrer ces temps que l’on tente de rendre superflus parce qu’on est trop farouche. La distance que l’on s’impose ou qui s’impose seule parfois parce qu’un événement extérieur est venu rompre le charme de notre petit monde protégé. Est-ce la folie qui nous pousse à nous comporter ainsi ? Est-ce la lâcheté ? Ou est-ce simplement la peur qu’ont gravée d’anciens traumatismes qu’on ne voudrait surtout pas voir ressurgir ?  On a peur de s’aimer mon Amour, parce que nos cœurs ont été trop meurtris. On a fermé à double-tour ces portes qui cachaient ces blessures laides, lesquelles ont mis du temps à se reconstruire. Et on essaie de panser ces maux en survolant notre sujet en hauteur, comme un élève distrait par l’approche du soleil et des vacances. Mais l’élève apprend vite. On s’en étonne nous-mêmes. On s’étonne nous-mêmes de ces cœurs qui ont guéri sans que l’on ne s’en rende compte et qui ont aussi des choses à dire. Leurs choses à eux, que l’on ne décrypte pas bien pour le moment, ou que l’on ne sait plus décrypter. Comme une impression de déjà-vu un peu trop vague et qui semble effrayante. Il faut qu’on arrête d’avoir peur mon Amour.

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