Cher Benjamin

Cher Benjamin,

Je vous dis vous à vous à qui j’ai pourtant dit, toute ma vie, tu. Je vous dis vous car vous avez oublié pourquoi je vous disais tu. Votre chute, il y a plus d’un an maintenant, m’a laissé sans voix et vous, sans mémoire.

Même si cela me fait mal, je tenais, pourtant, à vous dire que je comprenais votre nécessité de fuir tous ces inconnus si familiers qui vous pressaient de mille questions alors que vous ne cessiez de répéter que vous ne savez plus rien.

Ne peuvent-ils pas comprendre votre désarroi, votre frustration, votre colère pensez-vous peut-être ? Moi, je comprends car j’ai eu plus que de raison peur de cette page blanche, du vide, du néant, du rien. Vous pourriez me dire que pour un écrivain, cela fait partie des risques du métier. Je pourrais vous répondre que chez un élagueur les chutes sont également communes.

Pardonnez-moi d’avance d’essayer encore une fois de mettre des mots dans votre bouche alors que vous ne reconnaissez même pas mon visage. Vous êtes parti de cette vie que vous avez perdue en tombant de ce grand chêne vert sur le boulevard des Italiens. Je voudrais alors tendre une branche qu’habituellement vous découpiez, pour vous ramener vers vos racines. Elles ne vous rendront pas vos souvenirs, j’en suis conscient, mais vous saurez que vous n’êtes pas seul malgré votre isolement. Vous avez une mère, un père, une sœur qui vous aiment, vous avez un toit qui vous attend, vous avez une histoire à recommencer.

Nous serons toujours là pour toi qui que tu seras, quoi que tu deviendras,

Ton père, Joseph

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