La visite

Il y a un peu de vie à l’intérieur. Un peu. Pas beaucoup. Le souffle est court. J’attends. Je me suis assise sur la chaise, au bout du lit. En entrant, j’ai essayé de ne pas faire de bruit. Pour ne pas le réveiller. Il est si fatigué. Si las aussi. Il ouvre les yeux et je perçois un léger sourire. Il cherche de la main la manette pour redresser le lit.
– Tu es venue, il dit.
Je hoche la tête. Aucun mot ne me vient. Juste mes yeux vers lui.
Il fait chaud dans la chambre. Tout à l’heure j’irai ouvrir un peu la fenêtre.
Sait-il que c’est l’automne ? L’autre jour il m’a parlé des poires au dessert. Je pose sur la tablette le Thermos de thé que j’ai préparé pour nous. Prendre le thé est devenu un rituel. Je sors les tasses et le sucre. Deux sucres, ça, c’est immuable. Je n’apporte plus de biscuits. Les dernières fois, ne pas en vouloir semblait l’attrister. Lui qui était capable de manger plusieurs pâtisseries de suite ne se reconnaît plus.
– J’ai pas faim, dit-il.
Comme s’il avait oublié que pour les gâteaux il n’est pas nécessaire d’avoir faim. À coté de lui, je me sens à ma place. Lui, il attend.
– Je voudrais partir dans l’autre monde, me dit-il.
Je hoche la tête. Je sais. Il dit :
– C’est long.
Je regarde par la fenêtre. Les feuilles tombent des branches dans une bourrasque de vent. Je lui tends son thé. Il demande :
– Il n’est pas trop chaud ?

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