Apprendre à pécho

– Dis, je peux te poser une question ?

– Oui, petit cornichon.

– Ah ben voilà, ça commence bien. J’ouvre la bouche et tu m’insultes !

– Mais non, c’est affectueux.

– Bon. Soit. Tu me dis si je te dérange.

– Non, non, je suis tout à toi.

– OK, merci. Je me lance. Voilà, j’ai aperçu une fille dans l’open space. Et je me sens irrésistiblement attiré par elle. J’en suis raide dingue. Comment l’approcher ?

– Ben… tu sais, moi, je suis plutôt expert en jardinage, rayon râteau, si t vois ce que je veux dire.

– Sérieux ? Pourtant, à te voir, je me dis que tu fais tomber les nanas à la pelle… oh, pardon, je te rappelle le jardinage, avec ma pelle et ton râteau.

– Pas grave, j’ai l’habitude. T’es pas le seul à penser que je suis un maître en amour, un super coach de la séduction. On me talonne, on m’épie pour voir comment je m’y prends.

– Et alors ?

– Alors ? Je suis une buse, une quiche, un nul qui ne sait pas dire autre chose à une femme qu’elle a des yeux bleu vert qui me rappellent les oliviers du plateau de Valensole. Tu vois le genre. Et là, on me regarde avec les yeux comme des soucoupes, et on tourne le dos.

– Dommage. Pourtant, c’est chouette, les oliviers. L’agriculture, ça marche pas pour pécho ?

– Ben non !

– Ah… dis-moi, pour emballer, vaut mieux être bien bâti, ou bien que tu crois que si j’en ai une riquiqui on va se foutre de moi ?

– Toi, tu as développé la jalousie du vestiaire.

-… la quoi ?

– Allez, tu me comprends ! Dans les vestiaires, les mecs se matent les uns, les autres et se mettent à mesurer mentalement leurs attributs.

– Ça va, n’en rajoute pas. Tu veux pas répondre, hein ?

– No comment.

– Bon. Sinon, tu as quelqu’un en ce moment ?

– Oui, elle m’attend tous les soirs, elle me saute au cou, elle me léchouille…

– Waou ! Où tu l’as trouvée ?

– A la SPA, pauvre con ! C’est Esméralda, ma chienne.

– Holà, respire ! Ne te mets pas dans des états pareils. Quoi, je ne pouvais pas savoir.

– T’as pas encore remarqué, depuis que tu es là, face à moi dans ce bistrot, que j’ai un énorme sac de croquettes avec moi ?! Le soleil te tape trop sur la tête, ou quoi ? Tiens, regarde, c’est une photo d’elle, sur mon portable. Mon amour lui revient. Mais c’est à mon tour de te poser une question.

– Vas-y, je suis toutes oreilles ouvertes.

– OK, merci. Je dois partir en train pour une mission à Dunkerque la semaine prochaine. Je ne peux pas l’emmener avec moi. Tu peux me la garder ?

-… la quoi ?

– Ben t’en occuper, jouer aux bisons et aux indiens avec elle… Allez, sois sympa, juste une semaine…

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