Goutte de pluie

Il pleuvait dehors. Il pleuvait enfin dehors après des jours et des jours de canicule. Il pleuvait d’accord mais timidement. Une goutte puis une autre. A peine posée sur le sol, évaporée. Un rien rafraîchissant. Un brin de rien du tout. Une illusion de fin de chaleur. Un espoir tari de voir sortir la limace tapie dans le peu de terre meuble et moite.
Qui s’en sortait le mieux entre la limace et l’escargot ? Y avait-il la clim dans la coquille ? Faisait-il d’énormes courants d’air ? La pluie fine tentait de les faire sortir de leur trou.
Après cette chaleur épouvantable qui nous avait tous rendus gluants, visqueux, pouilleux, poisseux, on espérait retrouver un corps propre et qui sent bon. Comment a-t-on pu laisser partir notre corps solide en vacances ? L’état liquide, ce n’est pas humain. Et c’est grâce à ce peu de pluie, à un autre état liquide, qu’on redeviendra doucement solide. Non ?
Mais la pluie est paresseuse. Elle a trop chaud elle aussi. Elle s’étire lentement du petit nuage jusqu’à une épaule dénudée. Elle n’est plus fraîche, elle atterrit déjà chaude. Elle serait bien restée perchée, tranquille sur son petit nuage, un peu plus au frais. Aucune envie de flâner, aucune envie de sortir de son nid douillet. Éprise de paresse, comme seuls les jours d’été savent l’imposer, la pluie lambine et joue la coquine.
Soudain, ses parents la grondent, le tonnerre retentit. La pluie rit : « Vous verrez bien, vous pouvez crier tant que vous voulez, vous ne tiendrez pas plus longtemps que moi. »

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