Chez le notaire

Le notaire, petit homme au crâne d’œuf et aux lunettes rondes, portait une cravate et une chemisette signée d’une chouette.

Il toussota et dit :

- Le défunt a laissé une cabane sise…

Mes frères et moi étions suspendus à ses lèvres.

- Hem. Excusez-moi, mais je n’arrive pas à relire le testament.

Il tord la feuille dans tous les sens, saisit une loupe, et avec son œil droit essaie vainement de déchiffrer le document. Las ! Il s’éponge le front, ajuste la loupe sous l’œil gauche.

- Je suis fort marri. Une cabane ? Ça vous dit quelque chose ?

- Le vieux, il avait parlé d’une bicoque dans un recoin de ce monde, dit Arnaud, entre 2 bulles de chewing-gum.

- Comment va-t-on la trouver ? Interroge Yves.

Je prends la parole :

- Maître, et le cadastre ?

- Bonté divine ! Mon clerc est un hurluberlu qui a la berlue, voyez-vous. Il n’a même pas eu le réflexe de questionner le cadavre… euh le cadastre. Eh bien, le recoin de ce monde, c’est quel code postal ?

- T’as vu ça ? Dis-je à Yves, les yeux exorbités. On n’est pas sortis de l’auberge !

Arnaud nous regarde, rêveur.

- Bon, on fait quoi ? On cherche le panneau qui va nous indiquer la cabane du père Casper ? On se guide avec les étoiles ? Z’êtes relous, les aînés. Moi, je vais chercher dans ses papiers. Vous l’avez pas enterré avec ses papelards, j’espère ?! Avant, je vais passer faire les courses. C’est ma liste. Vous saviez que la moutarde était périmée depuis 1917 ? Ça lui a pas réussi, le veuvage, au vieux. Il nous rabâchait que l’appart était le berceau de l’amour et de la joie… Moi, j’y ai vu des bestioles, des mille-pattes, et tout et tout. Si vous voulez que j’y vive, va falloir installer le câble, aussi. Non mais sérieux, il était reclus, le paternel ! Et vous savez quoi, à la Noël, il sortait son père Noël empaillé pour l’accrocher sur le rebord du toit. Il était vraiment space !

 

Cette entrée a été publiée dans Atelier Papillon. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire