La patrouille

Il est 5 heure ce matin quand l’adjudant Jollliot vient en silence nous réveiller un par un. Le silence est un élément primordial de ce début de journée. Contrairement à l’habitude, nous devions nous mettre en route rapidement, sans même prendre le temps de réchauffer le kawa matinal. Rien ne devait laisser penser, ou entendre qu’une escouade de Tabors marocains sur cette crête du Djebel Doulfar était en train de prendre la formation de combat.

Ce qui avait été décidé & expliqué la veille, à la nuit tombée, était que ce matin nous partirions, avant l’aube, pour surprendre au lever du soleil la mechta du chef Al-Elkoubir, à 2 heures de crapahut.

Silence absolu. Nos armes étaient emmaillotées pour ne pas laisser poindre le moindre reflet sous les étoiles, le moindre bruit de choc sur les cailloux de la piste.

Seul Etienne, le capos, avait pour consigne de tenir sa lampe torche électrique dont l’objectif presque occulté nous permettrait de lire plus ou moins la carte.

Les 9 hommes de l’escouade en 20 minutes étaient prêts, ayant effacé tout ce qui pouvait laisser croire que des hommes avaient séjourné là.

L’aube s’annoncera, je le savais, par l’est. Les pentes du Cabelrah, ocres, dorées comme la peau des femmes que nous avions presque oubliées, là-bas en Métropole, s’éclairciront tout alentour.

Mon cœur bondissait de joie, même si je savais, que ce soir, nous ne serions plus 9. Qui de nous ? qui ? serait enterré sous le col Nadalla, dans la neige de printemps, blanche & poudreuse. Qui ?

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