L’aéroport était vide

L’aéroport était vide ce matin-là. Il était tôt, trop tôt pour l’agitation. 4h du matin. La compagnie avait écrit « Venez 2 heures avant le décollage ». Je m’étais donc pointée à l’avance, trop en avance, peut-être.
Personne. Il n’y avait personne dans le hall.
Personne pour fouiller mes bagages.
Personne pour vérifier mes billets.
Personne pour contrôler mon identité.
Il n’y avait que moi, ma valise, et mon sac à main.
Je m’assis sur un banc et observai le vide autour de moi. Les stores fermés de la boutique Nature et Pastille verte donnaient à voir une fresque apaisante. Des oiseaux sous la pluie, en train de se savonner avec le gel liquide Avi-Viva, spécialement créé pour les plumages sensibles.
Ah ! La nature ! Source d’apaisement et d’inspiration que j’allais chercher au terme de mon voyage. J’avais fait tourner le globe terrestre et choisi l’île de la réunion et sa végétation réputée luxuriante. Voilà, c’était la branche de bonheur à laquelle je voulais m’accrocher.
J’avais lu des guides de voyage, des suggestions de randonnées. Dans ma tête, j’étais prête. Dans mes jambes, je m’entraînais depuis des semaines comme si je voulais participer à la diagonale des fous. Non, ce n’est pas une partie d’échecs entre patients de l’asile. C’est le nom d’un trail extrême, parfois mortel.
Prête, j’étais prête. Ma valide était prête. Mon sac à main était prêt. Mais la compagnie aérienne ne l’était visiblement pas.

 

J’attendais. Une heure avant le décollage. Toujours rien. Personne dans le hall, personne au guichet d’embarquement, personne au bout du fil.
Un vigile passa avec son chien en muselière.
– Mais vous faites quoi toute seule ma p’tite dame ?
– Ben, j’attends !
– Et vous attendez quoi ?
– Ben… mon avion !
Et il partit d’un grand éclat de rire.
– Mais il n’y aura aucun vol aujourd’hui ni demain ; les comptoirs sont fermés, les contrôleurs sont en grève !

 

Soudain, je n’étais plus prête à partir, mais condamnée à rentrer chez moi.
Je quittai l’aérogare, et ma valise semblait aussi lourde que mon cœur était gros. Je la traînais douloureusement.
Personne. Pas un taxi n’était là pour sécher mes larmes.
Je marchai et trouvai un bus égaré dans ce qui était devenu un trou perdu.
– Et alors, ma p’tite dame, vous avez raté votre avion ? s’esclaffa le chauffeur.
– Nan, n’y a pas d’avion ce week-end, marmonnai-je.
– Eh oui ! Faut écouter la radio ou la télé de temps en temps… sauf si…Ça y est ! Je sais ! Vous n’avez ni la télé ni la radio ! Pas trop dur, de vivre au 19e siècle ?
Je me tus, et mon chagrin n’était que plus ample encore.
J’allais avoir l’air fin, lundi, au bureau, parce que j’aurai reporté mes congés.

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