Laure et Céleste

Ce matin, la maternelle présente son spectacle. La cour est aménagée : des bancs au fond de la cour, en rang. Sous le préau, des tréteaux avec les boissons, les gâteaux faits maison ou achetés à la va-vite au supermarché du coin, pour participer. Les enfants sont entrés avant leurs parents, ils sont allés dans leur classe pour se changer. Certains ont eu une petite appréhension : pourquoi je vais à l’école aujourd’hui ? C’est samedi, non ? Dans la classe, tout leur rappelle les jours d’école : l’alphabet collé au-dessus du tableau, les feutres bien rangés dans les pots, leur nom écrit sur les portes manteaux avec un petit dessin pour se reconnaître avant de savoir se déchiffrer.
Ils sont enfin prêts, des filles en tutus, des garçons en Spiderman, ceux qui ne voulaient pas afficher une appartenance à un sexe, en anges. La maîtresse, elle, prend son ukulélé pour les accompagner. Une petite guitare pour de petits enfants.
Les parents ont salué le directeur et sont allés s’installer sur les bancs. Leurs fesses se rappellent leur inconfort. Sous le cerisier de la cour, Céleste et Laure jouent et tournent autour. Elles aiment cet endroit. C’est là qu’elles jouent, qu’elles s’assoient pour regarder la lumière entre les fleurs roses. Quand ça brille trop, elles rient et se disent : « Regarde, y a plein d’étoiles, ça fait des étincelles ! » Elles sont amies depuis la maternité. C’est une histoire qu’elles ont entendu depuis que leurs oreilles savent entendre : leurs mères ont accouché dans le même hôpital, la même nuit. Elles ont partagé la même chambre. Céleste s’appelle ainsi car, pour sa mère, elle est un don du ciel. Laure s’appelle ainsi car, pour sa mère, elle vaut tout l’or du monde.
Aujourd’hui, pour la fête de l’école, elles ont préparé la mise en scène : elles ne voulaient pas se déguiser, juste rester elles-mêmes et jouer quand même. Les autres élèves descendent enfin dans la cour. Chaque élève cherche sur les bancs son papa, sa maman et fait un petit coucou de la main. Les parents sont fiers de leurs bambins, papa avec son téléphone en position vidéo, maman avec les yeux plein d’admiration. La maîtresse gratte les cordes de son ukulélé. Trois, quatre. C’est parti pour la grande cacophonie. Céleste et Laure battent la mesure, font des gestes amples de chefs d’orchestre. Elles se sentent grandes et importantes. Elles iront au CP l’an prochain, à la grande école. Leurs genoux ne seront plus écorchés et leurs cheveux un peu moins bouclés.

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