Les rêves en poche

Elle était fatiguée et légèrement usée sur les bords. Elle et toutes ses amies . Fatiguées et usées de cet autre qui les affectionnaient beaucoup trop. C’est vrai qu’elles ont été robustes. Mais c’était il y a longtemps. Bien avant d’être trop souvent dehors. Et pourtant, elles tenaient bon. Elles résistaient . Toutes ensembles. Ou plutôt tous ensemble. Car elles ne pourraient pas tenir sans lui et c’était injuste de l’oublier. Il les maintenait en cohésion les unes avec les autres et lui aussi souffrait d’être trop utilisé. Au fil du temps, il avait pâli et perdu la forme. Et comme elles, il a séché les larmes, nettoyé les tâches, accueilli les rêves, supporter les intempéries. Lucette était encore la seule à croire que tous ensemble, ils auraient une retraite bien mérité. Et pas dans une poubelle. Que toutes ces années passées à servir le grand home leur vaudrait une place bien au chaud dans le placard. plus de soir à dormir au froid sur le sol. De mains sales toute la journée. De résidus de tabac qui colle au tissu. De couteau qui transperce ou râpe la peau. De masse ou de marteau qui pèse lourd sur l’estomac. Robert, lui, rêvait seulement de rester au chaud devant la cheminée, blotti contre Lucette et ses amies. C’était peut-être le plus joli rêve pour un pantalon et ses poches.

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