Un matin blême

Elle n’a pas de sous. Elle vagabonde depuis des jours sans le sou. Elle rêve, elle est à Vegas devant les machines à sous. Le soleil se lève, elle plisse les yeux, elle est éblouie, émerveillée. Elle aime sentir chaque rayon du soleil se poser sur son visage blême. Elle erre dans les rues de Paris, ses pas glissent sur les berges, la Seine brille. Pas un taxi à l’horizon. Pas une lumière verte. De toute façon, elle n’a pas de liquide.
Elle a dansé, elle a bu cette nuit. Elle a oublié de garder un peu de sous pour le retour. Sur sa main, l’encre baveuse du tampon fait par le vigile d’1m90 au moins. Sur ta main, son numéro de téléphone et une croix dans le creux, entre le pouce et l’index gauches pour y penser.
Elle aime marcher au bord de l’eau, c’est toujours mieux qu’au bord du gouffre. Elle traverse le pont devant Notre-Dame, encore assez loin de son appartement. La brise matinale la réveille un peu et la pousse à aller un peu plus vite. Elle se frotte les yeux remplis de sommeil, de rêves, de son regard à lui sur elle.
Elle fouille dans son sac à la recherche de son paquet de cigarettes. Promis elle arrêtera de fumer. Sur le rebord de ses lèvres, elle pose délicatement sa fine Vogue. Ça fait fille, ça fait glam et il y a moins de tabac. N’importe quoi, se dit-elle. Elle jette sa cigarette par terre et son paquet à la Seine. Pas de sous. Pas de cigarettes. Une nouvelle journée devant soi avec plein de possibilités et un appel en fin de soirée. Il le lui avait dit, lui avait promis. Il lui avait même dit : « Regarde, je mets une croix là pour m’en souvenir. » Nulle comme approche quand même. Il devrait se souvenir de moi, sans croix. Vexée de son affront, elle lui sourit en écrivant un numéro masqué, codé. Les numéros qu’elle joue au Loto, pour gagner des sous.

Cette entrée a été publiée dans Atelier Papillon. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire