Sorcière mal-aimée

Je devais lire ce roman. C’était obligé, m’avait dit la sorcière. Oui, la sorcière, celle qui me gardait le mercredi après-midi, quand ma grand-mère ne pouvait pas me garder. J’avais beau essayé de cavaler pour m’enfuir mas je ne pouvais le faire que dans ma tête, tant la sorcière me guettait. J’y croyais pourtant. Mais quand on n’aime pas, on n’aime pas. Rien à faire. Je frisais le désespoir, je broyais du noir.

Alors je me suis vengée.

J’allais saler son café à la sorcière. Je me suis précipitée dans la cuisine, et j’ai mis du sel dans le sucrier. J’en avais assez de la protéger, de dire à ma mémé que tout allait bien chez Suzette. Suzette était une sorcière. Il fallait la voir marmonner quand elle était fâchée. Non, c’était trop. Je devais fuir. Hors de question de lire ce roman. Partir. Et là, l’idée m’est venue : j’ai numéroté sur le téléphone hideux du salon de la sorcière, le 119, Enfance maltraitée. J’allais enfin tout dire.

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