En amour il faut de la courtoisie

J’ai beaucoup travaillé cette semaine. Je suis repu de fatigue. Je ne compte pas mes heures. Les deadlines sont à respecter.

De retour à la maison, rien ne s’enchaîne comme prévu. Bien sûr l’heure du dîner est de loin dépassée… Ma femme me hurle dessus, elle me reproche ma venue tardive : « Ce n’est pas la première fois », dit-elle. « J’en ai plus qu’assez ! » Elle me balance mon manque d’implication : « Je fais tout ici. Tu ne t’occupes plus de rien. Tu es pourtant bien content que tout soit en ordre et qu’un bon repas chaud t’attende sur la table ! »

Je perds patience. Je suis exténué. Je ne parviens pas à me maîtriser. Elle me tape sur les nerfs avec ses fichues accusations alors que je fais tout en ce moment pour notre futur bonheur. Les mots s’échappent de nos bouches à vive allure, un grand échafaudage prêt à s’effondrer. Trop tard… Je ne le pense pas mais j’ai menacé de la quitter après l’avoir comparée à sa vieille maquerelle d emère…

Abasourdie et en colère, une porte qui claque, je crois qu’elle est partie se coucher. Comme si j’avais besoin de ça ! Et mon vrai projet alors : ce livre qui n’avance pas. Je prends mon PC portable pour m’atteler à la tâche. Le boulot après le boulot. Un whisky pour me détendre, un deuxième pour me donner du cœur à l’ouvrage… Pfff ! Je n’y arrive pas. Aucun mot ne sort. J’ai envie de voyager, je veux trouver l’inspiration, me soustraire du quotidien pour me recentrer sur ce fichu texte.

L’air m’aspire. Je me sens filer à toute allure. Je gambade comme un jeune cerf. D’ailleurs, qui a-t-il sur ma tête ? Ce casque est tellement lourd ! Je dégringole, perçant le nuage sur lequel je venais d’atterir. Je me retrouve les deux pieds plantés au sol au cœur d’une bataille qui fait rage. Me voilà bien démuni… Ah non, j’ai mon épée. Cela va me défouler mais attendez, je n’ai jamais combattu !

Aspiré de nouveau. Une gente dame se coiffe devant un miroir, ses longs cheveux blancs éparses sur ses épaules. Elle porte une robe de velours vert. Je m’avance une rose à la main. Elle tourne la tête. C’est de ma femme dont il s’agit. Elle est si belle…

Le canapé est bien inconfortable pour un sommeil alcoolisé. C’est décidé : je vais écrire une histoire d’amour courtois. J’éteins la lumière et rejoins ma bien-aimée dans la chambre. Je l’embrasse sur la joue l’œil émerveillé. Demain, nous parlerons.

A propos Elise V

Auteur et artiste visuel née en 1990. Vit et travaille en région parisienne. Participe aux ateliers sous les toits depuis janvier 2018. Publications dans les revues An Amzer Poésie, Bloganozart, Fantasy Art & studies et dans les recueils collectifs A-Marée et Encuentro chez Bloganozart Editions. Parution en 2015 de Jacques Cauda, in Cauda venenum aux éditions Jacques Flament, biographie du peintre et écrivain Jacques Cauda, en co-écriture.
Ce contenu a été publié dans Atelier Buissonnier, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.