La tête à l’envers

Le jour où l’eau se mit à couler à l’envers, la maisonnée entière alla tout de travers. D’épais geysers jaillirent ça et là tout autour de la chaumière. Le puits se fissura et propulsa des jets vrombissants qui retombaient en grosses gouttelettes éparses. Le seau ne faisait que cabrioler sur le sommet liquide.

Le malaise gagna prestement tout le village. Les vieux se grattaient la tête, les enfants riaient à tue-tête. Les femmes qui trimaient au lavoir, ayant soudainement été tout éclaboussées, étaient trempées de la tête aux pieds.

Personne ne savait vraiment s’il fallait rire ou pleurer mais tout le monde s’entendait à dire que la situation était pour le moins incongrue.

Comment garder l’esprit serein devant le spectacle des arbres chavirés, des troupeaux d’hommes avançant cahin-caha tels des animaux tâchant de gagner une berge ?

La chaleur des geysers était tellement puissante qu’elle surpassait celle des feux crépitant dans l’âtre de chaque foyer. Il était impossible de sécher quoi que ce soit. Même le fond de l’air était humide. Bientôt le lac gelé craqua. D’immenses nappes de fumée en émanaient.

Et pire que tout : l’eau se mit à monter, monter, monter, vers le ciel ; non plus comme un jet vif mais vidant peu à peu son lit pour s’installer dans les airs.

En levant le nez, on apercevait désormais la calme surface du lac. Ce fut ensuite le tour de la rivière avoisinante. Ses courbes sinueuses se reconstituaient à l’identique parmi les nuages.

Les habitants assistaient médusés à ce terrible bouleversement de l’ordre établi.

Et ce n’était pas fini ! De la terre surgit un bruit sourd, un peu comme les coups de tonnerre du ciel. Et devinez ce qui se produisit… Hé bien, il se mit à pleuvoir, à l’envers, cela va sans dire. Les gouttes de pluie provenaient directement d’en bas.

Imaginez la scène dans les maisons dans lesquelles le sol était encore en terre battue !

Cependant la question qui revenait sur toutes les lèvres n’était pas « que se passe-t-il ? » mais « si les choses restent telles quelles, comment allons-nous puiser de l’eau ? ».

A propos Elise V

Auteur et artiste visuel née en 1990. Vit et travaille en région parisienne. Participe aux ateliers sous les toits depuis janvier 2018. Publications dans les revues An Amzer Poésie, Bloganozart, Fantasy Art & studies et dans les recueils collectifs A-Marée et Encuentro chez Bloganozart Editions. Parution en 2015 de Jacques Cauda, in Cauda venenum aux éditions Jacques Flament, biographie du peintre et écrivain Jacques Cauda, en co-écriture.
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