Lettre d’Edmée à Alfonsine, le 5 janvier 1984

5 Janvier 1984

Ma très chère Alfonsine,

Je n’ai pas eu le plaisir de te faire porter cette lettre à dos de toucans, mais par voie postale. C’est bien moins marrant mais le cœur y est.

J’ai très envie de m’étendre sur toute la beauté que mes yeux découvrent ici mais je dois avant tout saluer ta personne, avec un peu de retard, certes, je te l’accorde. Il faut dire que Roseline et son mari me bichonnent bien mais je n’ai pas la descente aussi raide que Virgile en matière de Bologne…

Bref, tu me pardonneras cette légère digression. Je t’imagine confortablement installée dans le fauteuil de notre aïeule adorée tandis que tu découvres cette lettre. Quelle peut bien être ton expression à cet instant ? Ton regard vairon te donne sans doute un air intrigant si ce n’est sévère. Oui, je sais bien que tu n’aimes pas qu’on te le fasse remarquer. J’avoue que je préfère ton œil noisette. On y décèle bien plus d’espièglerie et puis c’est le seul des deux qui ressemble aux miens.

Alors entre quatre yeux mais avec toute ma sympathie et mon affection, je te présente d’abord mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. J’espère que le froid n’est pas trop mordant et que tu pourras bientôt me rejoindre sous les tropiques. Et je te souhaite un excellent anniversaire. Seize ans déjà ! Je te revois gigoter dans ta barboteuse et glisser tes petits pieds puants sous mon nez alors que je dormais paisiblement l’après-midi.

Non, ne crie pas ! J’ai tout de même cinq ans de plus que toi et tu ne peux pas m’attraper : je suis à dix mille kilomètres ! Je peux même te tirer la langue. Et toc ! Papa et Maman se portent à merveille. Ils passent le plus clair de leur temps à la plage. Je préfère explorer les Mamelles avec Tito. Cette île regorge de merveilles. Quel dommage que tu ne sois pas là !

Hier, j’ai pêché des poissons-chats. On les a cuits boukané, oui, oui, comme le poulet. Un vrai délice. Je te laisse sur ces quelques lignes. J’ai bien hâte que tes examens soient terminés.

 

Transmets mes amitiés à Séverine.

 

Je t’embrasse bien fort.

 

Ton frère Edmé

 

P.S.: Je n’en reviens toujours pas qu’on nous ait donnés les prénoms de Pépé et Mémé.

 

 

 

 

A propos Elise V

Auteur et photographe née en 1990. Vit et travaille en région parisienne. Publications dans les revues An Amzer Poésie, Bloganozart, Fantasy Art & studies et dans les recueils collectifs A-Marée et Encuentro chez Bloganozart Editions. Parution en 2015 de Jacques Cauda, in Cauda venenum aux éditions Jacques Flament, biographie du peintre et écrivain Jacques Cauda, en co-écriture.
Ce contenu a été publié dans Atelier Buissonnier, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.