Au frais

Il s’était contorsionné pour pouvoir s’évader. La recette, il la connaissait par cœur. Il avait échangé les plans au parloir, visualisé les enceintes, les barbelés lorsqu’il était dans la cour, assis sur la pelouse.
La solution était évidente. Les airs. Creuser un tunnel lui prendrait trop de temps et d’énergie. Il fera comme l’oiseau, il partira par les airs. Il avait déjà réussi une première fois à s’échapper ainsi.
Il avait les yeux rivés sur l’horloge. L’évasion était calibrée à la seconde près. Il se leva lentement de sa paillasse, remonta son pantalon et se dirigea vers la cour. Le blizzard s’était levé. Ça risquait bien de tout faire capoter.
Il grelotta légèrement sous sa veste polaire. Son regard balayait le ciel. A trois, il devrait sprinter jusqu’à l’endroit marqué d’un X. Un. Deux. Trois. Le voilà parti. L’hélicoptère se posa deux secondes, le temps pour lui de se hisser. Ses jambes pendaient encore lorsqu’il décolla du sol.
Il jeta un dernier coup d’œil à la cour et éclata de rire. Les matons étaient blancs, livides. Ils n’en croyaient pas leurs yeux.
L’hélicoptère s’éloigna, se posa sur une aire de repos. Un camion réfrigéré les attendait. L’évadé se glissa dans l’iceberg roulant. Ça lui faisait du bien sous la chaleur accablante d’aujourd’hui. Il se sentait comme un esquimau sur sa banquise. Le froid lui piquait la peau.
Il entendit les sirènes des pompiers, les gyrophares de la police au loin. Il se savait à l’abri.
Le voyage fut long, frais, froid, glacial. Quand ils arrivèrent au port, le chauffeur ouvrit la porte du camion. L’évadé s’était retrouvé enfermé dans un glaçon, le regard figé.

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