Ceci n’est pas une pipe

Il aimait jouer au chat et à la souris. En inversant les rôles. Lui, c’était le félin agile, les mains comme équipées de ventouses.

Les souris, c’étaient les policiers, qu’il toisait depuis le 35e étage d’une des tours de la Défense.

Parfois, il se faisait prendre. Parfois, il parvenait à hisser un drapeau, une bannière.

Il se recyclait en porte-parole des causes nobles ou désespérées. SOS papa faisait appel à lui ; Greenpeace le sollicitait aussi. A chacun de ses coups d’éclats il décrochait la Une. Et il aimait ça.

Un jour, une demande étrangère atterrit sur son répondeur.

« Ici la voix de René M. Vous allez dérouler une toile immense sur la Tour Eiffel. Rendez-vous demain à 23h59 sur le Champ de Mars. Venez seul. »

L’acrobate se rendit au lieu dit, le sang saturé d’adrénaline. Se faire une toile manquait à son palmarès.

Il découvrit un long cylindre. Le tube de l’été, pensa-t-il.

Après qu’il eut réfléchi à la manière de s’en harnacher pour grimper, il entreprit d’escalader le monument du père Gustave.

Les vigiles semblaient avoir déserté leur poste. Tant mieux.

La progression entre les travées métalliques lui brûlait les mains. Il se retournait de temps à autre afin de vérifier que le tube n’avait pas trop bougé. Lorsqu’il jugea que la hauteur de l’ascension était suffisante, il ouvrir le tube et déploya la toile qui affichait « Ceci n’est pas une pipe ».

Les touristes venus d’Asie sortaient leurs appareils photos, curieux du spectacle.

L’homme-araignée – ainsi parlait-on de lui – aperçut au bas de la tour un petit homme – mais ils sont tous de cette taille, vu d’en haut – qui fouillait les poches et sacs des spectateurs.

Ceux qui avaient associé le titre et l’image se grattaient la tête avec perplexité, et le nabot s’éclatait à leur dérober leur portefeuille.

Lorsque les dépouillés cherchaient leurs papiers, ils pleuraient de honte et de rage mêlée. Le charme de Paris se cassait net.

L’escaladeur avait caché au font de lui l’espoir que les 2 complices d’un jour allaient se mettre d’accord pour partager le butin. C’est alors qu’il comprit que le minus prenait la poudre d’escampette. Comment descendre plus vite ?

En bas, l’autre hurlait « Le héros sans cape tente le saut de l’ange… Pas de saut, pas de magot! »

Ce contenu a été publié dans Atelier d'été. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.