Ma Violette

Violette, c’était la grâce même.

Quand le ciel était tout gris et opaque, qu’il pesait comme un couvercle sur nous, Violette gardait son sourire fantastique. Dans le dénuement, elle arrangeait tout pour qu’on se croit en première classe. Elle aurait transformé le déplacement chaotique d’un tire-fesses en Orient Express. On ne s’ennuyait pas une minute avec elle. Ses mains pleines de chaleur chassaient les bourrasques de la vie.

C’est que j’ai été ravagée quand elle… Je fais comment, moi, maintenant ?

Il paraît que je dois déployer mes ailes. Mais quelles ailes ? Peut-être que je devrais plutôt me trouver une place. Une place, un trou. Creuser et puis y rester. Violette, elle n’aurait pas aimé cette idée. Puis elle aurait ri : “ravagée”, un grand mot comme ça ! Il vaudrait mieux dire que c’est un tout petit pépin de rien du tout, et puis faire une pause autour d’un café. Voir si le marc est inspirant. Secouer un peu les synapses pour qu’elles s’échangent quelque chose. Peut-être irradier une lumière violette qui générerait un engouement.

Je ne peux pas l’oublier, Violette. Et au lieu de sentir mes ailes s’ouvrir, je reste avachie, l’oeil fixe sur la pendule de la cuisine. Ma tempe martèle les secondes qui scandent sa disparition. Une sourde tempête secoue en moi l’idée même que je m’étais faite de la grâce.

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