Rang donné

La route est longue avec beaucoup de dénivelés. « Vous avez pris de bonnes chaussures de rando j’espère, parce que les parisiens qui ne font que courir dans le métro et qui achètent leur matos à Décathlon, y en a ras le pompon ! ».
Hallucinant, complètement hallucinant ! J’ai payé une blinde ces vacances retour aux sources, retour à la nature, retour aux vraies valeurs pour tomber sur un crétin de guide condescendant. Un sourire éclaira son visage en pensant à son jeu de mots débile : un con descendant.
Elle avait claqué la porte de sa maison propre et aseptisée comme une maison témoin, forcément bien entretenue. Elle était allergique à la poussière. Son médecin lui avait conseillé un voyage en rase campagne, en pleine montagne, enfin quelque part avec du vert et plus de gris pour faire partir ses allergies.
Elle s’était retrouvée dans une cabane perchée dans un arbre. Sur le site, on lui avait vendu un chalet plein de charme. Quelle déception ! Il fallait se mettre à genoux puis marcher à quatre pattes pour tenter de se déployer. Hauteur sous plafond : 1m80. Tant pis pour les grands ! C’était une cabane en bambou, un bois léger qui laissait passer l’air, la pluie et tous les insectes rampants, volants, phosphorescents.
Elle avait passé une nuit un peu agitée, pas très rassurée par les bruits qu’elle entendait. Son ouïe s’était habituée aux sirènes, aux voitures, aux camions-poubelle. Là, elle découvrait les hiboux et c’était plutôt chouette.
Elle s’était équipée pour la grande randonnée et ce guide, plutôt mignon avait-elle pensé au premier regard échangé, s’était avéré être son pire cauchemar. Aucune patience, aucune indication lors des passages difficiles, aucune main tendue lorsqu’il fallait traverser le vide entre deux rochers.
Elle s’arrêta quelques instants pour avaler dix, quinze gorgées d’eau. Son regard s’arrêta sur une nationale désormais limitée à 80 km/h. Elle y voyait la fin de son expédition. Lui faire faux bond, en voilà une idée qui lui plaisait bien.
Elle bifurqua tandis que le guide fonçait toujours tout droit. Elle prit le chemin de traverse en gardant bien en ligne de mire la nationale bétonnée. Elle avait le soleil dans les yeux, dans ses yeux marron, noirs de colère.
Elle sentait les pots d’échappement se mélanger à l’odeur de la mousse et des fougères. Elle y était presque. Impatiente, elle accéléra le pas tout en tapant sur son bras pour tuer les moustiques voraces.
Enfin son pied droit écrasa le bitume. Un pied dans l’herbe, un pied sur la chaussée, elle leva son pouce à l’attention du camion qui s’approchait lentement. Le camion s’arrêta, sur sa remorque étaient inscrits les mots « sous les étoiles ». Que pouvait bien transporter ce véhicule ?
Le chauffeur lui ouvrit la portière. Elle lui demanda avec un espoir non contenu : « Puis-je être votre passagère sous les étoiles ? »
Dans la forêt dense, le guide se rendit compte de son absence. Il regarda à l’horizon, il aperçut une silhouette qui faisait de l’autostop.

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