Elle et moi

Ses yeux curieux courent de droite à gauche. Il est inquiet, tous ces mouvements, ces gens énervés qui avancent, se bousculent sans regarder autour d’eux. Il se redresse, il se recule et se heurte à l’accoudoir. Il n’a pas le choix, il doit rester. L’idée de se faufiler entre eux lui traverse l’esprit mais il ne peut pas. Il sait bien qu’il ne peut pas l’abandonner là, elle essaiera de le retenir, de le maintenir attacher à elle. Son amour l’arrête. Son amour ou son besoin de remplir le vide ? Son vide à elle, son vide à lui ? Ils sont liés, ils se regardent, miroir l’un de l’autre. Tous les deux cherchent à maintenir leur équilibre comme sur un radeau où il n’est pas possible d’emmener bagages et souvenirs.

Maintenant, ils se pressent pour éviter d’être pris dans le noir, dans les couloirs, à la recherche du premier trottoir. Il se précipite devant elle, il sent son bras se tendre. Elle n’a pas envie de lui laisser le champ libre. C’est un aveu de déni de toute l’énergie qu’il a en lui. Alors, en plein milieu des escaliers, il s’assoit. Il regarde son minois. C’est vrai que les rides marquent son visage, que ses cheveux blancs ne sont pas les seuls à prouver le passage du temps. Elle est toujours mince, toujours fine, mais lui, se sent fringuant et plein d’allant. Il sent la tristesse fondre sur lui, l’incertitude, l’angoisse. Comment l’avenir va-t-il se dessiner pour lui ? Devra-t-il passer sa vie dans son panier à dormir comme un loir en espérant vivre un peu le soir au moment de la dernière promenade, courant sans laisse et sans entrave, s’arrêtant pour renifler les odeurs, levant la patte pour marquer son territoire, avant d’être enfermé dans le noir ?

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