La caravane passe

« Cela faisait cinq jours qu’ils n’avaient pas mangé ». Les visages s’émaciaient, les estomacs roulaient à vide. Là bas, ils visiteraient l’oncle Georges que Paul n’avait pas revu depuis ses huit ans. Affleurait à sa mémoire confuse le souvenir d’un homme barbu qui piquait, quoique sentant bon. Le souvenir d’un oncle perché sur son escabeau branlant et s’agrippant, dans des positions baroques, aux branches du cerisier qui pleurait des griottes acidulées dont il se régalait en tarte. Paul avait retrouvé Georges par les hasards de la vie, dans les colonnes du canard local où il posait fièrement sur le pas de porte d’une cordonnerie où sa science du soulier était vantée. Paul n’était pas sûr de l’accueil que lui réserverait cet homme qu’il connaissait si peu.  Il craignait de trouver porte close. L’idée qui lui avait paru bonne voilà cinq jours lui semblait à présent vide de sens. Qu’espérait-il enfin ? une débauche de bon sentiments, le gite et le couvert au nom du sacro-saint lien du sang ? Jeanne sentant soudain son mari s’évaporer et douter du pèlerinage qu’il lui avait vendu, posa une main sur son épaule et lui sourit tendrement.  La vie fuyait, comment la rattraper ?

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.