La feuille blanche

Xavier regardait avec intensité la feuille blanche de son cahier. Assis à son bureau, le stylo à la main, il essayait en vain de trouver quelque chose à dire. Mais rien ne venait. Zéro sentiment, zéro idée. C’était comme être bloqué dans sa tour d’ivoire sans pouvoir toucher le monde. Il voyait défiler les mots, les pensées mais tout lui échappait. Il restait juste assis le dos bien droit et le stylo à 1 centimètre de la feuille. Cette feuille éternellement blanche. Agacé, il posa le stylo et se leva. Il essaya de regarder par la fenêtre plutôt que son nombril. Mais rien n’y faisait. Maintenant, il n’avait plus que des arbres et des feuilles dans la tête. Rien à voir avec le sujet. Les minutes s’égrenaient et il n’arrivait plus à tenir en place. Son corps devait s’agiter lui aussi, au moins aussi fort que son cerveau. Il décida de descendre à la cuisine pour se faire un café. Une pause, c’était ce dont il avait besoin. Une fois le breuvage chaud, Xavier le versa dans une tasse qu’il tint à la main en la regardant fixement. Surement dans l’espoir qu’elle lui apporte l’inspiration tant recherchée. En vain. Il soupira et remonta dans son bureau. Dès qu’il entra, la feuille blanche le happa. Elle trônait sur le bureau en chêne avec élégance. Comme si tout le reste était fait pour la mettre en valeur. Xavier avait juste envie de la raturer juste pour le plaisir de ne plus la voir blanche. Il avait juste voulu rendre service et maintenant son cerveau allait imploser. On ne l’y reprendrait plus, ça s’est sur. La prochaine fois tout le monde se débrouillera sans lui, se dit-il d’un air décidé. Mais il restait cette fois-ci et il n’y arrivait toujours pas. Un bruit de xylophone interrompit ses pensées. Il prit son portable et lut « Alors tu t’en sors ? ». Si Xavier ne savait pas si bien se maitriser, son téléphone aurait fini sur le mur. Il le posa néanmoins d’un geste rageur et se rassit à son bureau. Le xylophone retentit à nouveau. Il aperçut juste « Sais-tu … », avant d’éteindre l’appareil sans préambule. Il avait envie de hurler que non il ne savait pas. Et que tout le monde le laisse tranquille, même cette fichue feuille blanche. Il se sentait comme un funambule en équilibre. A tout moment, il pouvait tomber dans le puits sans fond Xavier essaya de chasser ses pensées de son esprit et respira un grand coup. Il reprit son stylo et fixa la feuille blanche. Il était écrivain, il allait bien finir par trouver quelque chose à dire quand même. Même si c’était pour l’anniversaire de Zéro, le chat de sa tante. Mais qui fête l’anniversaire de son chat, vraiment. Et qui accepte de faire un discours à cette occasion. Mais bien sûr, l’abruti de service ! « Zéro est aimé tous. » Non !! Xavier ratura mais cette fois-ci la page n’était plus blanche.

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